«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

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  • Philippe LEGLISE
  • Publié le 6 décembre 2018
  • Mise à jour: 7 décembre 2018

Essai

Gilets Jaunes : Une guerre contre la religion d’État, une "révolution"... de l’esprit ?

En remettant le citoyen, un et indivisible, au coeur de la République, qui, logiquement ne reconnaît que lui, le mouvement (au sens d’élan, et non de parti) des Gilets Jaunes est une révolution de l’esprit, parce que c’est une guerre contre la religion d’Etat, la mondialisation.

Il ne s’agit pas ici de disserter sur la forme de la contestation des Gilets Jaunes, de la justifier ou de la critiquer, ni de commenter les violences pour la décrédibiliser qui en découlent, les blocages qui risquent de fragiliser des pans entiers de l’économie ou les récupérations catégorielles ou communautaristes qui en sont tentées.

Mais de montrer, sur le fond, que ce mouvement (au sens d’élan, et non de parti) qui remet le citoyen au centre de la République, est vraiment une révolution dans les esprits, une révolution de l’esprit, parce que c’est une nouvelle guerre de religion, contre l’État qui voue un culte à la mondialisation (phénomène qui prône l’ouverture des économies nationales au marché mondial, et une interdépendance des pays).

Face à ce que le sociologue Robert Castel constatant « la multiplication de situations de précarité à partir desquelles un nombre de plus en plus grand de gens paraissent incapables simplement de survivre  », appelait déjà, en 2005, "l’insécurité sociale".

La mondialisation, avec sa trinité : concurrence de tous contre tous, capitalisme sauvage et, in fine transition écologique pour éviter la fin du monde, est bien devenue religion de l’État. Elle a son pape, le président de la République, son clergé et ses petits marquis. Comme la religion catholique, elles a ses Évangiles, qui "parabolent" sur les crises, sociales ou économiques, le progrès ou les innovations technologiques, mais aussi les risques de nouveaux conflits mondiaux ou la montée des intégrismes. Comme la religion catholique naguère, elle a aussi vu naître ses schismes et ses églises concurrentes ou contraires. Et ses prophètes, les "grands" économistes.

Même si la loi de 1905 est passée par là, la mondialisation a ramené la pensée fondamentale dirigeante à celle du XVIIIe siècle où « la religion du peuple devait être celle des rois ». Et pour la maintenir l’État impose aujourd’hui un unanimisme idéologique quasi théologique. On n’a pas d’autre choix que de croire en sa réussite. Voire en ses miracles.

Fort de cela, il "exige". Aux prélèvements, taxes et autres impôts, déjà élevés et de plus en plus nombreux, il vient d’ajouter, avec les hausses récentes de la CSG et des taxes sur les carburants, une sorte de "denier du culte" obligatoire.
Teilhard de Chardin en 1947 voyait déjà poindre « le conflit moderne au cœur de chaque homme, entre l’élément toujours plus conscient de sa valeur individuelle et des liens sociaux toujours plus exigeants ». Camus ne disait pas autre chose.

Bien sûr, les Gilets Jaunes n’ont pas l’apanage des luttes contre le gouvernement du moment. Mais jusqu’alors, la quasi totalité furent sectorielles et politiques (Commune de Paris de 1871, émeutes de février 1934), catégorielles, corporatistes ou syndicales quand elles étaient sociales (Mai 68, CPE de 2006, SNCF 2018) ou encore fortement communautaristes quand elles furent sociétales (Droits des femmes, manif pour tous, dé-colonialisme, gay-pride, racisme et antisémitisme)...

Les Gilets Jaunes, eux ne sont pas un mouvement au sens de parti. Comme les croyants des religions monothéistes, ils sont une sorte de conglomérat de 150 000 « refus » disparates. Ils viennent de tous milieux, et de tous horizons, n’accusent pas l’immigration d’être responsable de leurs problèmes, mais pointent du doigt l’oligarchie. 
Ils ne sont donc pas représentables, car leurs 150 000 revendications ne s’amalgament pas, mais se chevauchent, d’un Gilet Jaune à l’autre. Ils ne sont donc pas récupérables, sans pour autant être irrécupérables. Ils ne sont pas non plus organisables ce qui expliquent qu’ils sont débordés par les ultras et les casseurs. 
Mais ils ont en commun, de refuser, selon une théorie qui ramène à Feuerbach (1804-1872), de croire en Dieu (ici la mondialisation) qui, selon le philosophe du XIXe siècle était « le signe d’une aliénation de l’homme ». Sans doute sans le savoir forcément, comme Monsieur Jourdain de Molière faisait de la prose.

Alors, les Gilets Jaunes qui ont entamé cette guerre de religion d’un nouveau genre, ont bien lancé dans les esprits une révolution... de l’esprit. Dans le droit fil de la loi de 1905, ils revendiquent d’être libres de ne pas croire en la religion de l’État.

Et en refusant le "fétichisme de l’idée" (de mondialisation), ils renvoient en creux à Karl Marx - plus souvent critiqué pour ses erreurs que loué pour ses idées, plus brillantes - qui écrivait « une conséquence du fait que l’homme est rendu étranger.(..) à son activité vitale est celle ci : l’homme est rendu étranger à l’homme ». 

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