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Carton rouge Monsieur Trump et allez aux « Diables rouges » !

Portrait de la rédactrice en chef
Olivier KONARZEWSKI
6 min de lecture
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Le Mondial-2026 tient son scandale : contrarié par la suspension de l’Américain Folarin Balogun pour le huitième de finale lundi contre la Belgique, Donald Trump a appelé le président de la Fifa Gianni Infantino, et le joueur a finalement été autorisé à jouer, une ingérence politique qui suscite le tollé.

L’annonce, suréaliste, est tombée dimanche par un communiqué de la Fifa. La commission de discipline a modifié la sanction. Le match de suspension ferme dont l’attaquant avait automatiquement écopé après avoir été exclu du match de 16e de finale contre la Bosnie-Herzégovine a été commué en « un match de suspension avec sursis, assorti d’une période probatoire d’un an ».

Par conséquent, le meilleur buteur de Team USA dans cette Coupe du monde pourra bien être aligné à Seattle lors du huitièmes de finale face aux Diables rouges à 17h00 (localement) soit pour nous à 2h00 dans la nuit de lundi à mardi.

« Merci à la Fifa d’avoir fait ce qu’il fallait et d’avoir réparé une grande injustice ! », a réagi après l’annonce de la Fifa le président américain sur sa plateforme Truth Social.

Dans un communiqué, la fédération belge (URBSFA) a fait part de sa « stupéfaction » en rappelant que le code disciplinaire de la Fifa prévoyait qu’un carton rouge entraîne « automatiquement une suspension pour le match suivant ».

De son côté, le sélectionneur français des Diables rouges Rudi Garcia a déclaré dimanche en conférence de presse : « Je ne savais pas que le 5 juillet correspondait au 1er avril à la Fifa ». Son gardien Thibault Courtois s’est inquiété d’un « précédent dangereux et bizarre » - une politesse qui sied parfaitement au président Trump qui n’a visiblement aucune limite, aucun scrupule.

« Shame on you ! Quand l’argent fait la loi, le mondial perd toute crédibilité », s’est offusqué sur X le parti socialiste belge. « Adapter les règles pour faire plaisir à Trump, tenter de tricher pour gagner, quelle image déplorable de la Fifa, du Mondial de foot et pour les États-Unis ».

L’affaire du carton rouge a rapidement pris un tour très politique, quand, jeudi, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, s’est lamenté de l’exclusion de Balogun en des termes peu diplomatiques. Les États-Unis « se sont fait entuber avec ce carton rouge », a déclaré le secrétaire d’État lors d’une discussion informelle avec la presse. Un peu comme avec l’Iran, Non ? Mais c’est plus facile de s’arranger avec la Fifa qu’avec les mollah.

Aujourd’hui, en Belgique, les communes dotées de fan zones hésitent à retransmettre cette rencontre footballistique tardive . Mais réveillés ou pas, les Belges sont déjà tous mobilisés derrière leur équipe nationale : « La vraie force, c’est de gagner avec fair-play et en respectant toutes les règles. C’est ce que la Belgique fera demain », a déclaré sur X la ministre des Sports de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Jacqueline Galant « Allez les Diables, plus que jamais, tout le Pays est derrière vous. »

Avoir « tout le pays derrière soi », ce n’est pas vraiment ce que à quoi Donal Trump peut prétendre, au bout de ce jour du 250e anniversaire perturbé par la météo à Washington.
Samedi, dans un nouveau discours patriotique rendant hommage à de nombreux anciens combattants américains, a qualifié les États-Unis, de « chef d’oeuvre de l’histoire de l’humanité ». Rien que cela !

« Ce drapeau est l’étendard de la plus extraordinaire, de la plus exceptionnelle, de la plus incroyable nation à avoir jamais existé sur Terre », a-t-il loué, en décrivant les États-Unis comme « la terre de la liberté ». Mais quelle liberté ?

Une liberté prise dans son sens le plus primaire par le président américain qui ne voit en elle que l’expression de la loi du plus fort qui permet de faire ce que l’on veut.

Une interprétation de la liberté très éloignée de la déclaration d’indépendance des États-Unis du 4 juillet 1776 dont le second paragraphe énonce : « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur [1]. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur ».

Selon un récent sondage de l’université Quinnipiac, 61% des Américains estiment que leur pays n’est pas à la hauteur de ces idéaux énoncés dans la Déclaration d’indépendance de 1776.

Et ce ne sont pas les hommes masqués portant des pantalons treillis qui ont défilé sans être inquiétés samedi à Washington, certains brandissant des drapeaux confédérés et d’autres arborant l’emblème du mouvement suprémaciste Patriot Front et scandant « Reprenons l’Amérique ! » qui vont les rassurer.

Le ministre de l’Intérieur de l’administration Trump, Doug Burgum, a rapidement relativisé la portée anti-migratoire de ce défilé, soulignant l’importance d’une soi-disante liberté d’expression dans la démocratie américaine.

Une démocratie abîmée à l’intérieur, un « rêve » brisé à l’international, voilà ce que le capitaine Donald Trump et son équipe ont fait de l’Amérique.

L’épisode de la Coupe du Monde est la goutte de trop, celle qui fait déborder le vase et révèle des États-Unis, non pas en plein essor, mais en pleine liquéfaction : carton rouge Monsieur Trump et, souffrez cette expression bien européenne pour être ironique et mutine, allez au « Diables rouges » !

[1Thomas Jefferson aurait d’abord fini cette phrase par « le droit à la propriété » puis l’a changé pour « la recherche du bonheur »