Cylindre de Cyrus et droits de l’homme : une conférence problématique sous l’égide de l’UNESCO
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Ce lundi premier juin 2026, au siège de l’UNESCO de Paris, une conférence a réuni des délégations d’États membres ainsi que des universitaires et des experts sur le thème « Les fondements des droits de l’homme modernes et de la diversité culturelle dans la Déclaration de Cyrus le Grand ».
Ce texte de Cyrus le Grand est gravé sur le Cylindre de Cyrus, un artefact antique en argile datant du VIe siècle avant J.-C, conservé au British Museum. Il relate la conquête de Babylone par Cyrus le Grand et sa politique de tolérance religieuse et de restauration des sanctuaires.
Les discussions de ce lundi ont porté sur le rôle historique de cette déclaration de Cyrus en tant que fondement des droits de l’homme, de la tolérance religieuse et de la diversité culturelle, ainsi que sur sa pertinence persistante dans le monde contemporain.
Le thème de cette conférence a été présenté l’année dernière à l’UNESCO/ONU dans une résolution soutenue par la République islamique d’Iran et la République du Tadjikistan. Il a été adopté à l’unanimité par les États membres lors de la 43e Conférence générale de l’UNESCO, qui s’est tenue à Samarcande, en Ouzbékistan, le 6 novembre 2025.
La République islamique d’Iran se félicite
Le 8 novembre 2025, le media iranien PressTV fait écho de l’événement. Le ministre iranien du Patrimoine culturel, du Tourisme et de l’Artisanat, Seyyed Reza Salehi-Amiri, y salue l’adoption de la résolution comme « un signe du rôle de l’Iran dans la construction des concepts universels de justice, de dignité humaine et de dialogue interculturel ».
L’article du media iranien indique également que dans un message publié après le vote, ce ministre du gouvernement de la République Islamique d’Iran décrit cette initiative comme « un moment marquant de la mémoire culturelle de l’Iran et de l’humanité » et que la résolution de l’UNESCO présente le Cylindre de Cyrus comme « un pont entre l’éthique et la politique, entre le passé et l’avenir, et entre les nations et la conscience mondiale ».
On peut encore y lire que Salehi-Amiri souligne que le texte « rappelle au monde que "la liberté, le respect de la diversité culturelle, la reconstruction des communautés et des lieux de culte, ainsi que la coexistence interreligieuse sont profondément enracinés dans l’histoire de l’Iran" » et que la civilisation iranienne, a-t-il affirmé, « porte depuis longtemps l’étendard du dialogue, de la tolérance, de la justice et de la spiritualité ».
De Cyrus au cynisme
Au delà de l’intérêt scientifique et historique de cette conférence, c’est la position de l’UNESCO vis-à-vis de cette résolution portée par la République Islamique d’Iran et mise au vote lors de la 43e Conférence générale de l’UNESCO qui interroge. Elle est pour le moins incompréhensible au regard de la politique du régime iranien actuel et totalement révoltante pour tous les défenseurs des droits humains et au premier chef, tous les iraniens opposants au régime des mollahs ou le subissant au quotidien.
La République islamique d’Iran réprime sa population et élimine ses opposants depuis 47 ans. Les victimes d’arrestations arbitraires, d’emprisonnements, de répressions quotidiennes et des tueries de masses se comptent par milliers et ne signalent pas l’Iran actuel comme un pays qui pratique la tolérance religieuse, le dialogue et le respect des droits humains inscrits dans la charte des Nations Unies.
Un tel aveuglement de l’UNESCO sur toutes ces victimes du régime des mollah n’a d’égal que le cynisme des déclarations du ministre iranien du Patrimoine culturel, du Tourisme et de l’Artisanat au lendemain du vote.
Quant à la République du Tadjikistan, on peut s’interroger sur sa démarche. En 2011, l’Iran était le deuxième investisseur au Tadjikistan après la Chine. Les relations diplomatique entre les deux pays se sont fortement dégradés depuis et notamment en 2016. Mais en tant que pays « persanophone », ils gardent une relation étroite et forte, et une histoire commune. L’intérêt de ses scientifiques et de ses historiens pour le Cylindre de Cyrus aura semble-t-il été le plus fort.