Certains contenus sont réservés aux abonnés.   ou  S'abonner
En accès libre

Des empires et du retour de la loi du plus fort

Portrait de la rédactrice en chef
Olivier KONARZEWSKI
4 min de lecture
Partager :
Logo de l'article
Cet article vous est offert pour juger de notre travail

Pour accéder à la totalité des articles et à l'ensemble des analyses de Croyances & Villes, abonnez-vous.

Déjà abonné ?

L’ère du droit international et des démocraties est en déclin ; la loi du plus fort, voire la loi de la jungle, sont en plein essor et menacent de (re)devenir la règle. C’est en résumé ce qu’Amnesty international dénonce dans son rapport annuel 2025/2026 présenté mardi.

Nous vivons dans un monde qui « menace de basculer d’un ordre fondé sur le droit international vers un système dominé par la loi du plus fort, au détriment des droits et de la stabilité » alerte l’ONG qui déplore « les attaques sans précédent qui visent le droit international, dernier rempart contre le chaos ».

Les guerres d’Ukraine et d’Iran prospèrent effectivement sur la transgression des règles du droit international. Elles signent ainsi le retour sur la scène géopolitique internationale des vieux empires, la Russie, la Chine, la Turquie et l’Iran (pour incarner respectivement les anciens empires ottoman et perse), ainsi que leur challenger moderne, les États-Unis d’Amérique.

Vladimir Poutine en Ukraine, Benyamin Netanyahou en Palestine, à Gaza et au Liban, Xi Jinping à Taïwan, Donald Trump au Venezuela puis en Iran, partagent tous cette même idée de puissance et sont les chefs de file des attaques contre le droit international. Leurs alliances et leurs confrontations réifient la loi du plus fort et bousculent l’ordre mondial établi, le laissant plus fragilisé et vacillant qu’il ne l’a jamais été depuis ses fondements, après la deuxième guerre mondiale.

C’est un fait, à l’échelle mondiale, le droit international gêne les plus puissants. S’ils cherchent tant à le faire disparaitre, c’est parce qu’ils le craignent pour représenter un contre-pouvoir efficient. Dès ses fondements en 1948 avec la Déclaration universelle des droits de l’homme, il a permis de façonner un monde post-guerre vers davantage de justice, d’égalité, d’équilibre de pouvoirs entre les États, de protection des droits des minorités. Il représente un rempart à l’accumulation des ressources naturelles et énergétiques, à l’expansion des territoires et à la concentration des pouvoirs.

Né de la disparition des empires britannique et français, dans le tumulte et l’atrocité des guerres mondiales et coloniales du XXe siècle, il a conduit à l’émergence de l’Europe, un espace de démocratie et de paix unique sur la planète que ces empires renaissants abhorrent pour son modèle social, économique et politique, autant qu’ils le convoitent pour son marché et le niveau de vie des ses ressortissants.

La création des concepts culturels et économiques du « monde russe » et des « routes de la soie » chinoises ont été des stratégies de soft-power pour regagner et étendre des zones d’influences. Le retour à la guerre en Ukraine montre que la première d’entre elle a échoué, affaiblissant du même coup la seconde.

D’empires, la Russie, la Chine, l’Iran, et aujourd’hui les États-Unis, basculent vers la tyrannie. Cette succession des régimes – de la monarchie à la tyrannie - que Platon décrit dans La République et dans Les Lois est analogue à la dégénérescence morale des individus : de l’homme juste (le philosophe chez Platon) à l’homme tyrannisé par tous ses désirs. On peut ainsi relire La République comme une fable morale nous invitant à réfléchir sur notre société et l’évolution de ses idéaux.

La démocratie politique, telle que nous la connaissons en Europe, n’est pas propice à la tyrannie. Mais il faut rester vigilant. Il reste alors d’autant plus nécessaire et primordial d’empêcher la loi du plus fort dans les relations internationales et placer la protection des civils et des droits humains au cœur des priorités.