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L’actrice virtuelle Tilly Norwood va tourner son premier film

Tilly Norwood, une actrice entièrement créée par IA, va faire ses débuts dans un long métrage en préparation. Son premier film, « Misaligned », qui raconte l’histoire d’une IA qui développe une crise existentielle, pose des questions aussi fondamentales qu'épineuses : qu’est-ce qu’une émotion ? quand peut-on y croire : lorsque on la vit ou quand on la voit ? Bienvenue dans la nouvelle carthasis produite par l'intelligence artificielle.
Portrait de la rédactrice en chef
Olivier KONARZEWSKI
5 min de lecture
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L’histoire du cinéma est façonnée par ses stars aux carrières et aux vies étincelantes que le monde chérit, raconte, envie, imite au gré des films, des festivals et des rubriques « people » . Et puis est arrivée Tilly Norwood, qui fit ses débuts de pseudo-débutante en 2025, au Festival du film de Zurich.

Cette jeune femme brune au joli sourire, synthèse des beautés numériques, n’existe pas. C’est une actrice créée par intelligence artificielle, sans enfance, sans vie privée ou professionnelle, sans syndicat. Enfin si, justement, avec tous les syndicats du cinéma contre elle, qui comme ils l’ont déjà fait à Holywood pour les auteurs IA, protestèrent aussitôt aux motifs du chômage annoncé des « vrais » comédiennes et comédiens, de la tromperie et du respect des spectateurs, des droits,...etc.

Mais peine perdue. protégée des quolibets et autres attaques par sa virtualité, Tilly Norwood a poursuivi son chemin d’actrice et son premier long métrage en préparation, « Misaligned », est désormais annoncé. Mais il est vrai, sans date de sortie encore prévue.

Du Shakespeare sauce data-center

Le synopsis est d’une ironie insolente et géniale : une intelligence artificielle, incarnée par… une intelligence artificielle, Tilly Norwood, « herself », développe une crise existentielle en découvrant que ses émotions ne sont que des lignes de code.

Dans ce metaverse de « Tilly », le personnage, une entité sans corps mais gavée d’expériences humaines est prise, selon ce qu’on peut lire sur les réseaux, d’une angoisse métaphysique et commencer à « perdre pied » (avec la réalité ?) après la rencontre d’un bot rebelle. Car la « jeune femme IA » éprouve des émotions, elle ressent. Mieux, ou pire - c’est à discuter - elle doute, elle a honte d’exister. Oui, même les algorithmes ont désormais leur crise existentielle : un drame shakespearien à la « sauce data-center » dont la géniale absurdité a de quoi donner le vertige.

Mais le véritable vertige n’est pas dramaturgique. Il est industriel. Derrière Tilly Norwood, il y a une femme bien réelle : Eline Van der Velden. Cette entrepreneuse néerlandaise, fondatrice du studio londonien Particle6, revendique d’avoir inventé cette actrice.

Une actrice qui joue, qui parle, pleure et qui, accessoirement, ne demande ni cachet, ni loge chauffée, ni gros plan flatteur. La production aurait pu lui inventer une fausse bio, des parents, des goûts, et même pourquoi pas un boyfriend.

Tilly Norwood « aime le café ». Credit : Wikimedia Commons

Mais non, le vide de ce persona IA est assumé. Tout au plus sait-on que Tilly Norwood « aime le café ». Et oui, comme au cinéma dans la vraie vie, le spectateur ne doit pas perdre de vue que ce qui se joue, c’est pour de faux, c’est une une fiction. Mais là pour le coup l’histoire fictive d’un personnage fictif qui n’existe pas créent un nouveau genre : la fiction « au carré », carrément déroutante pour le coup.

Depuis ses débuts, le cinéma fabrique du faux pour atteindre une forme de vrai. Les acteurs jouent, les monteurs trichent, les scénarios compressent la vie. Au fond, avec Tilly Norwood, l’IA ne fait que pousser cette logique jusqu’à l’absurde. Tilly Norwood ne vivra rien puisqu’elle calcule tout, et si tout peut être simulé, que reste-t-il à incarner ?

La carthasis de l’intelligence artificielle

Dans « Misaligned », la réponse, pour ce qui filtre du script, tient en un détail : l’erreur. Ce moment où l’algorithme se « loupe » et produit ainsi quelque chose qui n’était pas prévu.

L’effet narratif s’en trouve d’autant captivant et paradoxal : plus Tilly Norwood sera parfaite, plus elle s’éloignera de cet univers biologique et mental faillible qui caractérise l’humain. Mais dans le même temps, chaque bug, la rapprochera de nous dans l’imprévu, le faux pas révélateur, dans cette quête de vérité intime, cette faille sur laquelle se constitue et prospère le génie des grands acteurs du réel pour être « mal aligné » avec eux-mêmes. Captivant et paradoxal, je vous dis.
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La perfection sans fatigue du personnage pourrait-elle nous faire regretter la saveur des défauts, ou au contraire, reconnaitra-t-on, avec une certaine mélancolie, que ce qui nous touche n’est pas toujours ce qui fonctionne, mais ce qui tremble. Bienvenue dans la nouvelle carthasis, non aristotélicienne, de l’intelligence artificielle !

Une dernière réflexion : chaque révolution technique dans l’histoire du 7ème art a d’abord été vécue comme la fin du cinéma avant d’en devenir un genre et une nouvelle postérité. Tilly Norwood est-elle une nouvelle étape ou tout simplement la fin du 7e art ? Ce qui est déjà certain c’est que le film qu’elle s’apprête « à tourner » a déjà rempli son rôle « purificateur » avant sa sortie : celui de nous faire réfléchir à notre société et de nous interroger sur nous-même.

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Crédit image de tête d’article : Particle6

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