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« La Confession » : un huis clos théâtral magistral - un secret qui fait vaciller les consciences

Il est des spectacles dont on ressort en silence. Non parce qu'ils nous ont laissés sans voix, mais parce qu'ils continuent à résonner en nous longtemps après le tomber de rideau. La Confession, de Jean-Luc Jeener, est de ceux-là. Un théâtre rare, exigeant, d'une intelligence remarquable, qui ose s'emparer d'un des débats les plus sensibles de notre époque : existe-t-il une limite au secret de la confession ?
Portrait de la rédactrice en chef
Olivier KONARZEWSKI
5 min de lecture
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Dès les premières minutes, le spectateur est happé par un huis clos d’une intensité exceptionnelle. La mise en scène, volontairement dépouillée, ne retient que l’essentiel : le texte, les regards, les silences, les mots qui tambourinent à la fenêtre de l’actualité, frappent l’esprit. Rien ne vient distraire de l’affrontement moral qui s’engage sous nos yeux.

Jean-Luc Jeener nous propose une œuvre d’une actualité brûlante. Depuis plusieurs années, la question du secret de la confession est au cœur du débat public, notamment à la suite des travaux et des révélations sur les agressions sexuelles commises au sein de l’Église de la commission Sauvé et des discussions parlementaires autour de la protection des mineurs.
Le droit canonique affirme, dans son canon 983, que le secret sacramentel est « inviolable », tandis que le droit français reconnaît le secret professionnel des ministres du culte tout en prévoyant certaines possibilités de levée lorsqu’il s’agit de sévices sur des mineurs ou des personnes vulnérables. Plus récemment encore, les débats autour de la loi dite « Post-Bétharram » ont montré combien cette question du secret de la confession demeure profondément sensible.

Mais La Confession n’est jamais un plaidoyer. C’est précisément là que réside sa force. L’auteur refuse de distribuer les bons et les mauvais rôles. Il expose, en toute honnêteté intellectuelle, deux conceptions du monde qui s’affrontent sans jamais caricaturer leurs défenseurs.
Le premier acte nous plonge dans une confession insoutenable. Un prêtre avoue à un autre des crimes d’une gravité absolue. Commence alors un duel spirituel fascinant où chacun éprouve l’autre : le pénitent cherche à tester la fidélité du confesseur au secret sacramentel, tandis que celui-ci tente de discerner la sincérité d’un repentir qui conditionne l’absolution.

Trois années plus tard, le second acte déplace le conflit devant une juge d’instruction convaincue que le silence du prêtre a rendu possible un crime atroce. Le face-à-face devient alors un affrontement entre deux fidélités irréductibles : la justice des hommes et la loi divine, la responsabilité civique et le sacrement de réconciliation.

C’est sans doute cette seconde partie qui marque le plus profondément. Les arguments des deux camps sont exposés avec une rigueur remarquable. Le spectateur est constamment déplacé d’une conviction vers son contraire. Rien n’est simple. Rien n’est confortable. L’intelligence du texte consiste précisément à ne jamais nous dire ce qu’il faut penser.

Entre pardon et responsabilité, entre absolution et justice, entre foi et droit, les consciences se déchirent. La pièce nous parle finalement autant du secret de la confession que des ravages du silence, des mécanismes du déni, de la parole qui surgit enfin après des années de souffrance et des conséquences irréversibles de nos choix.

Une telle écriture exige des interprètes d’exception. Ils sont ici tout simplement remarquables.
Didier Bizet compose un confesseur bouleversant de vérité. Sa sobriété, son intériorité et son intelligence du texte rappellent les grands comédiens de théâtre spirituel. À travers lui, le spectateur ressent chaque doute, chaque hésitation, chaque déchirement intérieur d’un homme partagé entre sa conscience de citoyen et son engagement sacerdotal.

Face à lui, Olivier Bruaux impressionne par la puissance de son incarnation. Son personnage, glaçant, dérange autant qu’il fascine. Sa confession, dite avec une vérité presque insupportable, provoque un profond malaise. Rarement un acteur parvient à rendre aussi tangible la complexité d’une conscience dévoyée.

Louise Lemoine Torrès complète admirablement ce trio en donnant à la juge une force et une humanité qui évitent tout manichéisme. Déterminée, intransigeante, profondément attachée à la justice républicaine, elle porte avec intensité les interrogations d’une société qui refuse désormais que certains silences puissent protéger l’impunité.

Tous trois atteignent une précision de jeu exceptionnelle. On oublie très vite que l’on assiste à une représentation. On a le sentiment de vivre une situation réelle.

Autre originalité particulièrement appréciable : chaque jeudi — et exceptionnellement certains autres soirs — les comédiens demeurent sur scène pour échanger avec le public. Le débat se prolonge naturellement autour de cette question vertigineuse : le secret de la confession relève-t-il uniquement du secret professionnel ? Constitue-t-il une exception religieuse ? Doit-il être absolu ou connaître des limites ? Ces discussions, simples et passionnées, montrent combien le théâtre remplit ici pleinement sa mission : ouvrir un espace de réflexion philosophique, morale et citoyenne.

On ressort de La Confession profondément remué. Croyant, athée, agnostique, catholique, juif, musulman ou sans religion, peu importe : chacun sera renvoyé à sa propre conscience. Là réside peut-être le plus grand mérite de Jean-Luc Jeener. Il ne cherche jamais à convaincre. Il nous oblige simplement à penser.

C’est du grand théâtre. Un théâtre qui questionne, qui dérange, qui émeut. Un théâtre qui fait confiance à l’intelligence du spectateur.

Courez vite recueillir cette confession. Nous, on a vraiment beaucoup aimé !

A propos

La confession

Production  : Cie Théâtre & Cinéma -
Texte et mise en scène : Jean-Luc Jeener
Distribution : Didier Bizet, Olivier Bruaux, Louise, Lemoine Torrès
THÉÂTRE ESSAÏON - PARIS - 6 rue de la Pierre-au-lard (Métro Rambuteau/ Hôtel de Ville)
Du 11 juin au 11 juillet 2026, les jeudis, vendredis et samedis à 21h

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