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Liberté, Sécurité, Déclin : les confessions des Français

Portrait de la rédactrice en chef
Olivier KONARZEWSKI
5 min de lecture
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« La sécurité est la plus importante des libertés » voilà un slogan qui depuis quelques mois séduit de plus en plus de français. Et pourtant, si l’on y réfléchit quelques secondes, il suffit de prendre l’exemple d’États totalitaires comme l’a été celui l’URSS ou comme le sont aujourd’hui la Corée du Nord voire la Chine pour comprendre que si la sécurité intérieure y règne en maitre c’est bien au détriment de toute liberté. Ce slogan est une contradiction habillée en évidence qui distille le pire des poisons et conduit à une aporie, une impasse pour la démocratie. Aussi faire de la sécurité l’enjeu principal d’une élection et le référentiel d’un projet politique va de ce point de vue à l’encontre de la liberté et pose à nouveau, à l’orée de cette campagne présidentielle, la question qu’est-ce que la démocratie française aujourd’hui, sur quelles valeurs elles se fonde et par quels principes elle se manifeste. La liberté est une valeur, la sécurité absolument pas. La démocratie est un principe de liberté, la sécurité est un principe du totalitarisme. Il est bon de faire ces distinctions fondamentales sans pour autant balayer la réalité de l’insécurité, des incivilités, de la criminalité qui gangrène la stabilité et l’unité de la démocratie française jusqu’à stigmatiser injustement les forces de l’ordre qui la protègent. Mais il faut aussi garder à l’esprit que plus les chiffres de l’insécurité augmentent, plus l’État devient et se manifeste comme fort, et que se faisant plus le sentiment d’insécurité (non seulement physique, mais aussi sanitaire, « sociale ») grandit plus l’idée de déclin de la société française se développe dans sa population.

« La France est en déclin » ou « la France n’est pas en déclin » C’est entre ces deux propositions suivantes que 1.000 français âgées d’au moins 18 ans ont du choisir dans le cadre d’une enquête en ligne, réalisée du 14 au 15 septembre par le CSA pour CNews.
Ils ont dû choisir celle qui leur semblait la plus juste. Comme on pouvait s’y attendre, c’est l’affirmation « d’une France en déclin » qui a récolté le plus de suffrages (62%), quand 37% des français interrogés ont opté pour la seconde et 1% seulement a choisi de ne pas se prononcer. Ces résultats font écho à ceux d’une précédente étude sur les « Fractures françaises », menée il y a tout juste un an par l’Institut Ipsos. À l’époque, en septembre 2020, elle montrait un écart encore plus important, avec 78% de déclinistes parmi les interrogés. Ce léger mieux est sans aucun doute lié à l’amélioration de la situation sanitaire et économique. Tant mieux. Il est cependant important de noter que le sentiment est général. L’âge des interrogés n’est pas déterminant pour trancher la question puisque le rapport déclinistes/optimistes est à peu près le même pour chaque génération, de l’ordre de 60/40%. Seuls les 25-34 ans se montrent un peu plus tranchés. Ils sont 69% a penser une France en déclin. Sur l’échiquier politique, le déclinisme est souvent considéré comme l’apanage des électeurs de droite et d’extrême droite. Les résultats du sondage de l’Institut CSA ne viennent pas contredire cela puisque cette opinion est clairement majoritaire à droite : à 82% contre 48% à gauche. Le score grimpe même à 94% dans les rangs de l’extrême droite.
En général le déclin, humain, est ressenti comme la perspective du péril, du manque, de la fin, de la mort qui plonge dans le recueillement et le rassemblement. Il s’agit alors de rassembler ce qui a été séparé. Mais pour une société démocratique en déclin, la question est autre : il lui faut en permanence dissoudre l’égoïsme qui sépare ses membres (le déclin est ici désagrégation) autant que de tenir la promesse passée de les rendre libres et égaux.
Sur un plan historique notre pays a fait de ses derniers siècles une longue épopée victorieuse, elle a éclairé le monde et fait montre d’une grande puissance jusque dans les années 1970 où le président Valery Giscard d’Estaing a été le premier à parler de son déclin. Sur un plan social comme nous l’avons dit plus haut, aujourd’hui, le sentiment de déclin est fortement associé à l’idée d’un État qui n’assure pas suffisamment sa fonction qui est de garantir la sécurité physique mais aussi sociale de ses membres, un pays où le sentiment est celui de la perte de cette identité, de ce substrat, historique, social et donc culturel qui conduit à se sentir minoritaire chez soi et à voir l’immigration comme le problème. Ici le déclin c’est l’impuissance, l’impuissance de chacun et de tous à dépasser tout cela. C’est le sentiment de la faillite des institutions, que l’on entend s’exprimer tous les jours à propos de l’école, de la justice, de la police. C’est le déclin de l’intérieur, l’incompréhension de l’intérieur, ressenti au quotidien du pays.
C’est leur émoi devant ces disparitions et leurs craintes de l’accroissement de ces maux que confessent désormais quotidiennement les Français dans cette période électorale qui s’ouvre. Mais comme le dit un proverbe québécois : « on ne fait pas d’élections avec des prières ». Plus que jamais, le destin de la France dépend des Français, son déclin comme sa prospérité leur appartient et leur incombe.