Informer et sensibiliser au « croire » : dix ans de Croyances & Villes
Pour accéder à la totalité des articles et à l'ensemble des analyses de Croyances & Villes, abonnez-vous.
Déjà abonné ?
Croyances & Villes est né en mai 2016, du constat d’Olivier Konarzewski et d’Antoine Sfeir, spécialiste du Proche & Moyen-Orient, selon lequel il était urgent et nécessaire de donner aux responsables des collectivités locales, aux chefs d’entreprises, ainsi qu’au plus grand nombre, une information solide et pragmatique sur les religions, de rendre compte de leur actualité, d’expliquer un fait religieux qui surgissait de plus en plus dans le quotidien des français.
Le diagnostic était juste. En dix ans, la religion a pris place dans l’actualité, souvent pour le pire et trop rarement pour le meilleur. Prospérant sur le terreau de l’ignorance, de l’incompréhension, du rejet de l’autre et de la violence relayée par les réseaux sociaux, les croyances religieuses les plus radicales ont très souvent servi de prétexte et de caution aux pires desseins en France et dans le monde : assassinats des professeurs Samuel Patty et Dominique Bernard ; attentats et tueries de masse en Afrique ; actes antisémites, islamophobes, anti-chrétiens ; guerres en Ukraine, au Liban, en Iran...
Mise à l’épreuve de ces événements, la société française a réagi : la connaissance des religions s’est renforcée et élargie tant dans le champ des études et de la recherche (programmes scolaires, cursus et diplômes universitaires), que dans celui de la formation (à la laïcité) des fonctionnaires ou des personnels ayant délégation de service public. Avec la loi du 24 août 2021, l’État a légiféré dans un souci de prévention sur la lutte contre le séparatisme et les atteintes à la citoyenneté (délit de séparatisme, encadrement de l’instruction en famille, adoption d’un contrat d’engagement républicain pour les associations, lutte contre la haine en ligne, meilleure transparence des cultes ...).
Il n’est pas à considérer ici que l’ignorance et les préjugés soient l’apanage de la croyance religieuse. Les deux autres régimes de croyance, l’opinion, la science et les savoirs, qui animent et soutiennent toute société, n’en sont pas exempts, loin de là.
En sociologie, la croyance est une conviction ou acceptation d’une idée, l’opinion généralement partagée par un groupe d’individus. Les croyances se forment par l’influence de la culture, la tradition, l’éducation, les médias, et les interactions sociales au sein de ce groupe.
L’héliocentrisme, la gravitation, la théorie de l’évolution, le réchauffement ou changement climatique, le bug de l’an 2000 en son temps, l’existence de Dieu, la laïcité, la vie extra-terrestre, la mondialisation, le nationalisme, le marxisme, la théorie du « grand remplacement », la théorie microbienne des maladies, la lithothérapie, sont des exemples de croyances individuelles et collectives.
Admises avec ou sans démonstration rationnelle, empirique ou théorique qui n’ait conduit à leur élaboration et l’adoption, les croyances sont importantes car elles structurent les valeurs, normes et comportements, en dictant ce qui est jugé acceptable, orientant les actions et les décisions de chacun. Émile Durkheim, l’un des pères de la sociologie moderne, considère la religion comme l’une des forces qui maintiennent le consensus des valeurs et l’ordre au sein de la société.
Les programmes, les récentes actions et déclarations de certains mouvements et partis politiques français et étrangers comme LFI - RN - LR en France, MAGA aux USA, Fidesz d’Orban en Hongrie, Mafdal et Shass en Israël, le Hezbollah au Liban, Bharatya Janata party de Modi en Inde, pour n’en citer que quelques-uns, témoignent de la porosité grandissante entre les croyances politiques et religieuses par la prise de positions idéologiques sur des sujets essentiels : éducation, famille, santé, fin de vie, sécurité, souveraineté, droits des citoyens et droits des étrangers...
Dans l’éducation, l’acceptation des savoirs, la croyance en l’histoire, s’avèrent des plus problématique quand certains faits et sujets des programmes scolaires sont contestés par les apprenants ou bien éludés ou invisibilisés par les enseignants.
Chacun d’entre-nous aura également expérimenté certains discours tenus sur les maladies graves cancers, maladies incurables,...) et en cas d’épidémies (Sida, Covid-19 Hantavirus, Ébola) : il ne se trouve plus de démonstration audible à opposer à la rhétorique et au pathos des propos de circonstance, le discours scientifique peine face aux certitudes et aux préjugées d’une opinion publique réseautée et sur-médiatisée.
Croire consistant à « tenir pour vrai », chacun d’entre nous incline donc naturellement à affirmer ce qu’il sait (ou pas) et à défendre ce qu’il pense. Cette inclination humaine est la recette et le succès addictifs des réseaux sociaux, un flux informationnel continu anthropique et entropique auquel aucun sujet n’échappe. Là où certains y voient un dangereux glissement confusionnel et idéologique, une perte de sens et de l’intérêt général, d’autres le défendent comme un espace de liberté, de la liberté d’expression.
Tout ceci conclut à la nécessité pour tout-un-chacun de disposer d’une information sûre afin de rester maitre de son destin, et pour la presse de rapporter d’abord les faits, d’avoir comme première obsession des faits, vérifiés, certifiés, hiérarchisés, puis celle d’une mise en perspective impartiale et enfin de susciter le débat contradictoire.
Informer au plus près du terrain en étant les plus réactifs, être au cœur de l’événement, bannir le conditionnel, mettre toujours en valeur le reportage, manier l’art de l’interview serrée, inviter les meilleurs experts, être accessible à tous les publics, ces exigences du métier conjuguées au sujet particulier des croyances tel que nous venons de l’exposer, nous ont conduit à repenser en début d’année notre éditorial et à lui créer un nouveau site internet plus adapté, montrant qu’elles nous animent plus que jamais.
Toute croyance - foi, opinion, science - est recevable et féconde. C’est là notre sujet quotidien - et le vôtre - de le faire savoir et d’en expliquer la place et le rôle dans la société, de faire passer du « croire savoir » au « savoir croire » qui rend libre.
Je vous remercie tous de votre attention avec une pensée particulière en ce jour anniversaire pour Antoine, pour Irène, pour tous les contributeurs qui ont enrichi notre éditorial et tous ceux nous suivent depuis ces dix années !
L’information juste, indépendante et loyale de l’opinion est la seule ligne éditoriale portée chaque jour depuis dix ans par l’équipe de Croyances & Villes. Mais elle demande des moyens et a un coût. Abonnez-vous si ce n’est pas encore fait, et/ou soutenez-nous avec un don (défiscalisé) sur la plateforme « J’aime l’info » en cliquant ici.