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« la violence appelle la violence » : surtout sans écoute, sans parole et sans projet politique !

Portrait de la rédactrice en chef
Olivier KONARZEWSKI
10 min de lecture
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L’adage moral et philosophique est bien connu, « la violence appelle la violence ». Peut-être trop pour que l’on oublie que le recours à la force ne résout pas un conflit mais provoque en retour une escalade agressive.

N’est-ce pas ce qui se déroule sous nos yeux ces derniers jours, ces dernières semaines, certains même diront ces dernières années.

Attribué au grand dramaturge grec Eschyle ou encore au prédicateur et homme politique français du XIXe siècle, Henri Lacordaire, dont la formule « l’injustice appelle l’injustice, la violence engendre la violence » est peut être encore plus explicite pour la situation actuelle, on pourra conclure que le phénomène n’est vraiment pas nouveau et que les remèdes ne le sont pas moins. Encore faut-il les connaître ou avoir le courage de les appliquer.

Mais qu’est-ce que la violence ? Généralement, la violence (l’utilisation intentionnelle de la force physique, de menaces à l’encontre des autres ou de soi-même, contre un groupe ou une communauté) se définie à partir du vécu, des conséquences négatives sur la santé physique et mentale de la personne ou du groupe de personne qui la subit.

C’est la violence conjugale, sexuelle, familiale, à l’école, dans le sport, au travail, politique quand il s’agit de réprimer les droits libertés.

Ainsi, pour être plus précis, selon la typologie proposée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il est possible de diviser la violence en trois grandes catégories : la violence auto-infligée, la violence interpersonnelle – qui inclut autant la violence perpétrée par un proche que par un inconnu (nommé violence communautaire) – et la violence collective qui peut être sociale, politique ou économique.

Il faudrait selon moi y ajouter une autre catégorie celle de la violence par destination des séries télévisées et des œuvres cinématographiques. Cette violence des images, cette violence représentée ne fait pas violence, elle fait de la violence un spectacle auquel il est plaisant d’assister.

Le processus émotionnel est bien connu, c’est celui de la catharsis décrit par Aristote, un effet de purgation des passions (notamment la pitié et la terreur) produit sur le spectateur par une représentation tragique. En s’identifiant aux personnages et à leurs souffrances, le public libère ses propres tensions intérieures et ses émotions négatives par procuration. C’est le succès du théâtre.

Aujourd’hui, dans le théâtre de nos rues, la violence est toujours cette forme d’exutoire. Mais pour les casseurs, et pas les manifestants, l’effet cathartique n’est plus l’exutoire des passions, il est devenu un jeu de rôle et une représentation la plus fidèle d’un modèle ou d’un mode de vie, un défoulement des acteurs sur les spectateurs. Mais comment en arrive-t-on à ce renversement ?

La banalisation de la violence par les mots et les images des actualités, des séries de télévision, du cinéma, ne suffit pas à l’expliquer et à en faire l’impensé sociologique et politique qui règne en maitre aujourd’hui dans la société française et dans les cortèges.

On aurait tant aimé que les manifestants et surtout les responsables politiques qui leur font face fassent de « la violence appelle la violence », un slogan, un mot d’ordre, l’affichent sur les pancartes ! C’est un symptôme du mal. Sa cause, elle, est plus profonde et difficile à expliquer en quelques mots.

On ne pourra que se contenter d’observer qu’en France, depuis au moins dix ans, l’ampleur et les débordements de la contestation populaire, qu’elle soit sociale, économique ou écologique, ont escaladé de concert l’intensité des interventions des forces de l’ordre, avec les résultats dramatiques que l’on déplore aujourd’hui.

Les lois d’orientation et de programmation pour la sécurité (LOPSI 1 et 2) qui datent 2002 et 2011 sont visiblement dépassées si l’on en juge l’échec des moyens et des effectifs de la police et de la gendarmerie déployés pour maintenir l’ordre le week-end dernier.

Notre doctrine de la sécurité publique qui vise à protéger les personnes, les biens et les institutions, à maintenir l’ordre et à lutter contre la délinquance de proximité apparaît comme défaillante tant au niveau du renseignement, en amont des manifestations, que sur le terrain et dans l’action.

D’où la nécessité pour certains d’instaurer l’État d’urgence, quand d’autres veulent rétablir la loi anticasseur abolie par François Mitterand après son élection.

Cette loi avait pour principe de différencier le traitement réservé aux manifestations déclarées de celui des débordements en marge ou post manifestation. Elle avait donc pour vertu de faire la différence entre des manifestants, même violents, et des individus agissant en dehors des cortèges ou au delà de l’ordre de dispersion de la manifestation. Ce qui serait fortement souhaitable aujourd’hui.

La sécurité publique est la défense des libertés et des droits de la personne. Ce Week-end, dans beaucoup de situations et de lieux, cela n’a pas été le cas. Voilà la raison pour laquelle Laurent Nunez a présenté sa démission de Ministre de l’intérieur à Emmanuel Macron et que le président l’a refusé en lui demandant « une nouvelle doctrine de maintien de l’ordre face aux casseurs ».

Mais après 30 ans d’une doctrine de maintien de l’ordre « de non-intervention » consécutive à la mort en 1986 de Malik Oussekine, pris pour un casseur et tabassé par des policiers « voltigeurs », depuis 2018 la doctrine du maintien de l’ordre se cherche face à une société dont les usages ont changé dans la défense de revendications qui elles restent les mêmes avec comme priorité : être écoutée.

En 2018, le mouvement des Gilets jaunes l’avait clairement mentionné dans toutes ses revendications. Emmanuel Macron y avait répondu en organisant des grands débats et la constitution de cahiers de doléances. Lesdits cahiers, ce n’est un secret pour personne, sont restés dans les armoires des préfectures. Aussi, souvenons-nous que le 1ᵉʳ décembre 2018, l’Arc de Triomphe a été pris et que le préfet de police de l’époque a appelé le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, pour l’avertir que la situation n’était plus sous contrôle.

C’est cet épisode qui semble avoir tout changé et conduit à la doctrine actuelle d’interpellation rapide ou immédiate et surtout des « arrestations massives ». On en voudra pour preuve les quelques 7 000 arrestations du mouvement actuel comparé aux 150 des manifestations tout aussi nombreuses de 1986, mais aussi aux 51 gardes à vue lors du dernier mouvement des agriculteurs, pourtant marqué par d’importantes dégradations. Certes les chiffres plaident en faveur d’une augmentation de la violence dans nos sociétés, mais plus sûrement d’une propension voire même d’un refus des gouvernements à prendre en compte les paroles des manifestants.

Bien sûr, la difficulté est du côté des forces de l’ordre qui sont désormais confrontées à des individus armés de projectiles, et notamment aux tirs de mortiers d’artifice, avec 760 blessés recensés par le ministère ces derniers jours. Mais ce ne sont pas les manifestants des cortèges qui les tirent.

En revanche, les violences et les pillages du week-end dernier, commis par des bandes de voleurs, ont mis en évidence les défaillances de l’État dans sa mission de protection des personnes et des biens. Du coup, les organisations et syndicats de commerçants, soutenus par les élus, demandent l’interdiction des manifestations dans les centre-villes commerçants. Laurent Nunez a déjà délégué cette décision aux préfets qui se trouvent ainsi confrontés à restreindre ce droit fondamental, à bâillonner les revendications sociales légitimes et à faire monter localement, la pression, l’agitation, les colères. On a pas besoin de cela.

Tout ceci se déroule à la face du monde et de la presse mondiale et européenne, stupéfaite, qui découvre et relaie chaque jour la perte de contrôle des autorités françaises dans des rues livrées au chaos, une perte qui s’ajoute ou se reflète avec celle d’une dette qui l’alarmait déjà. Le 17 octobre y est présenté comme la poursuite d’un processus de déclassement et de fragilisation de la France. C’est alarmant.

Que voit-on dans nos rues, des forces de police, des gendarmes, et bientôt des militaires nous dit-on. Face à quoi ? À des centaines de milliers de manifestants légitimes et souvent pacifiques et à des bandes organisées qui se livrent au pillages. Il serait temps de faire publiquement et politiquement la différence.

Mais pas à la manière de LFI et de son leader Jean-Luc Mélenchon, qui en proclamant « la police tue » et en ne dénonçant pas l’acronyme anglais ACAB, sort de « l’arc républicain ». Avec les propos du maire de Saint-Denis soutenant que la violence « peut être légitime... mais qu’il faut tout faire pour l’éviter », LFI s’approprie cette violence légitime qui n’appartient qu’à l’État. De fait, ce parti, devient un parti fasciste, c’est à dire un groupe ou un comportement imposant une autorité arbitraire violente et dictatoriale à notre société.

Et en dehors des députés de LFI, combien de députés et de sénateurs sont allés au-devant des cortèges ces dernières semaines. Combien d’entre-eux ont osé aller défendre et débattre de leurs convictions et expliquer les lois discutées et votées et qui s’appliquent à l’ensemble des Français. Très peu visiblement.

Dans ce sombre tableau d’une République française muette face à son peuple, seuls les élus locaux n’ont pas démérité de leur rôle de première ligne et de rempart de la république. Ils sont toujours aux côté de leurs administrés, que ce soit dans les moments de joie ou dans la peine et l’adversité, comme ce week-end. Il faut le prendre en compte dans les jours et les mois qui viennent. Le Gouvernement, l’État, doivent absolument avoir en tête que la violence, même légitime, n’apporte que des victoires temporaires ; la violence, en créant beaucoup plus de problèmes sociaux qu’elle n’en résout, n’apporte jamais une paix durable.

Sans écoute, sans dialogue, il n’y a pas d’idées, pas de projets. Dans la période électorale actuelle, c’est désormais aux partis politiques et aux Français de tracer la route et d’avoir ce projet pour la France qui ne peut se construire dans les extrêmes. Tout comme les humains ne sont ni tous très grands ou très petits, ni tous très forts ou très faibles, mais assurément tous assez intelligents pour le comprendre, la voie du milieu est le plus sûr chemin pour les accueillir tous, n’en oublier aucun et penser un projet commun de prospérité pour tous.