«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

  • Publié le 9 septembre 2019
  • Mise à jour: 13 septembre 2019

Chronique

"La Maman, la Putain et la Voilée : Le triptyque banlieusard"

Je me nomme Fatima, je suis une jeune femme de 27 ans, d’origine berbère marocaine et de culture musulmane, je vis dans le 93 des cités où trois figures, trois modèles de femmes, prévalent et font « société ».

Le premier d’entre eux est incarné par la femme au ventre rond(enceinte) et entourée de bambins ce qui lui permet de circuler librement dans ces quartiers, à l’abri des débordements pulsionnels masculins agressifs. Avoir un ventre rond ou des enfants est une arme de dissuasion massive dans les cités.

Le voile arrive aussi en tête des protections. Il est le bouclier le plus puissant de ces dames car la figure, religieuse, sacralisée, de la femme voilée est celle qui est la plus respectée et épargnée. Ainsi s’érige le second modèle féminin celui de « la voilée ». Le discours religieux matérialisé par ce tissu qu’elle arbore génère le respect de la gente masculine.
La combinaison de la figure maternelle et de la figure religieuse, un enchevêtrement possible, voire même recommandé par la religion musulmane est la protection ultime pour ces femmes.

Troisième modèle , la putain. Cette femme ou jeune fille qui déambule sans tuteur « légal », « librement » en banlieue, est le véritable réceptacle de toute la frustration sexuelle masculine de jeunes ou vieux banlieusards, la plupart originaires du Maghreb, fraîchement ou non débarqués sur le territoire français et possédant des codes religieux et culturels conservateurs. Les jeunes filles, elles, viennent de milieux populaires et de familles disloquées où les pères sont démissionnaires ou absents. Certaines sont sous tutelle de l’aide sociale à l’enfance et suivies par des éducateurs. Désignés comme « les putes » officieuses des cités, elles sont les proies des décharges sexuelles violentes des « grands » (terme affectueux pour définir les barons de la drogue) qui tiennent ces quartiers sous leur joug.

Ces trois figures, ces trois modèles de femmes se sont mis en place aux fil des années pour former une cohorte de ventres ronds et de voiles dans ce paysage social et urbain particulier des cités. Quant aux femmes n’arborant ni l’un ni l’autre, faute de pouvoir gérer es frustrations et la violence latente qui anime la foule masculine, elles se logent dans des stratégies d’évitements, voire de fuites.

Je suis Fatima, une jeune femme ayant eu la chance et la volonté de faire des études supérieures. N’épousant pas les critères des deux premiers modèles de cette société, par défaut, j’appartiens au troisième...

C’est un réel travail de contorsionniste que de ne pas rester menottée par l’une ou l’autre de ces deux premières figures et pour me défaire de ce carcan, j’ai du incarner aux yeux de ma famille, ce rôle de la paria, de l’être vil. Refusant l’asservissement volontaire j’ai cristallisé le mépris du voisinage et le dégoût familial, celui de mes frères et de ma mère, cette « chère maman », figure idéale en banlieue, souvent chef de hordes masculines liberticides.

Je suis Fatima, une de ces Fatima, de ces jeunes femmes au prise avec ce triptyque banlieusard, en rupture avec ce déterminisme religieux, social et féminin, de celles qui ne restent pas en cité mais aspirent à vivre dans la Cité. FF.

Evénement
"La Maman, la Putain et la Voilée : Le triptyque banlieusard"

"Les malheurs de Fatima" est un regard posé sur la vie dans certaines de nos banlieues par celles qui y vivent ou y ont vécu.

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