Cet article est en consultation libre
- Olivier KONARZEWSKI
- 06 52 53 40 20
- Envoyer email
- Publié le 30 janvier 2026
Rejeter toute sacralisation de la force

Ces derniers jours, l’Europe a pris clairement position sur la politique étrangère de Donald Trump et exprimé son refus de voir le recours à la force prendre le pas sur la diplomatie dans les relation internationales. Aux États-Unis, où la normalisation de « la loi du plus fort » laisse indifférents Démocrates comme Républicains, ce sont les institutions religieuses, et notamment catholiques, qui élèvent la voix.
La semaine dernière, le 19 janvier 2026, rapporte le média canadien Présence-info.ca, trois cardinaux américains, Robert W. McElroy (Washington), Blase Cupich (Chicago) et Joseph Tobin (Newark), ont publié une déclaration commune critiquant la politique étrangère de Donald Trump. Selon eux, « le fondement moral des actions de l’Amérique » est désormais en jeu. Cette prise de position survient au moment où le président multiplie, les déclarations provocatrices sur l’usage de la force dans son intention de s’emparer du Groenland et d’annexer le Canada, dans le sillage de l’intervention militaire américaine au Venezuela. Les cardinaux y voient un moment de bascule quant à l’usage de la force et le sens même de la paix. Ils soulignent la fragilisation du droit à l’autodétermination et l’intensification d’une polarisation politique qui rend difficile toute articulation entre intérêt national et bien commun. Plutôt que de s’en tenir à l’indignation, ils ancrent leur critique dans une « boussole » doctrinale associée au pape Léon XIV, citant son discours au corps diplomatique. Ils reprennent notamment son diagnostic : recul du multilatéralisme et retour d’une diplomatie de la force, où la paix tend à devenir un instrument de puissance plutôt qu’un bien en soi. Dans un paysage religieux américain très polarisé, le geste est notable : si l’administration Trump avait déjà été contestée sur l’immigration, une prise de parole aussi explicite sur la légitimité morale du recours à la force militaire est assez inédite. Pour preuve, concomitamment à la déclaration des trois cardinaux, l’archevêque aux forces armées, Mgr Timothy Broglio, a lui aussi lancé un gros pavé dans la mare. Interrogé le 18 janvier dernier par la BBC sur une hypothétique opération visant à prendre le contrôle du Groenland, il a déclaré ne pouvoir « envisager aucune circonstance » où une telle action satisferait aux critères d’une « guerre juste ». Inédit, il a également rappelé le droit à l’objection de conscience des soldats catholiques : dans certaines situations, a-t-il dit, il pourrait être moralement acceptable de désobéir à un ordre.
L’intérêt de ces prises de positions, comme l’analyse fort justement Présence-info.ca, ne tient pas uniquement à sa fermeté, mais à la grille d’interprétation qu’elle mobilise : la doctrine sociale catholique, dont l’objectif est précisément de soumettre la puissance politique à des exigences éthiques supérieures. Cette prise de parole tranche aussi avec l’attitude d’autres figures catholiques très visibles dans l’espace public américain, dont certaines ont été associées par Trump à des dispositifs institutionnels autour de la « liberté religieuse ». Elle confirme que le catholicisme américain, comme d’autres courants du christianisme américain, n’est pas un bloc : il est traversé par des alignements politiques concurrents, dans un contexte où les catholiques eux-mêmes comptent parmi les électorats les plus disputés.
Beaucoup attendaient Léon XIV sur son rapport à Trump, d’autant qu’ils partagent la nationalité américaine. Le pape s’est montré prudent, évitant la confrontation directe. Il rappelle fermement certains principes chers à la doctrine de l’Église comme l’avortement, l’euthanasie et la liberté de conscience, mais il condamne aussi le nationalisme excessif, la « diplomatie de la force » et les atteintes à la dignité des migrants. Dans son discours du 9 janvier aux membres du corps diplomatique, Léon XIV s’est inquiété de « la faiblesse du multilatéralisme », remplacé par une diplomatie fondée sur la force et les alliances opportunistes. Pointant un retour à la mode de la guerre il souligne que le principe, consolidé après 1945, interdisant aux nations d’utiliser la force pour violer les frontières d’autrui, a été « complètement sapé » ; la paix, avertit-il, tend à être conçue non plus comme un bien en soi, mais comme un simple instrument de puissance. En cela, il n’a pas tort et n’aurait pas été démenti par son prédécesseur.

Solidaires !
L’invasion de l’Ukraine par la Russie ne doit laisser personne indifférent !!! Outre les condamnations, en 2025, il faut continuer d’agir pour redonner et garantir son intégrité territoriale à l’Ukraine afin d’empêcher tout autre pays de suivre l’exemple terrible de "l’opération spéciale" russe.
Informations
