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  • Publié le 13 mars 2026

Iran : autopsie de l’idéologie d’une guerre mondiale et perpétuelle

Arnaud Frion adjudant chef du 7eme bataillon de chasseurs alpins de Varces est mort suite à l’attaque de la base de Mala Qara au Kurdistan irakien où il formait les peshmerga kurdes à la lutte anti-terroristes dans le cadre de l’opération Chammal initiée en 2014 contre l’État Islamique (EI). Nous saluons la mémoire de ce soldat mort pour la France.

Le groupe armé irakien, milice chiite radicale, pro-iranien Ashab al-Kahf, a revendiqué cette attaque, qui a blessé cinq autres soldats français, a annoncé vendredi prendre pour cible « tous les intérêts français en Irak et dans la région » après le déploiement (au côté du CentCom américain) du porte-avions français Charles de Gaulle dans le Golfe. Emanuel Macron - seul chef d’État d’occident à s’être entretenu avec le président iranien Massoud Pezechkian - et la diplomatie française avait pourtant multiplié les messages pour indiquer que la France n’était pas partie du conflit en cours contre la République islamique d’Iran.

La dénomination Ashab al-Kahf, « Compagnons de la grotte » en Français, s’inspire d’une légende du Ve siècle. Ce récit mythique mettant en scène l’immortalité d’un groupe d’hommes, « Les Sept Dormants d’Éphèse », est aussi le titre d’un miracle commun aux chrétiens et aux musulmans présent dans la Bible et dans le Coran (lire notre article).

Ce décès qui fait suite à la tragique et inacceptable attaque de militaires français va-t-elle entrainer la France dans le conflit qui oppose Israël et les États-Unis à la République islamique d’Iran ? Comment arrêter le déchainement du régime des mollahs et mettre fin à ce conflit dont les causes s’enracinent dans l’Islam radical ?

Il semble que pour répondre à ces questions, il ne faut pas sous-estimer l’influence des idées sur le cours de l’histoire, et ce principe méthodologique qui vaut pour les approches des régimes totalitaires comme pour celles de phénomènes tels que les révolutions, vaut également pour les guerres ou le terrorisme. Dans le monde humain, la violence est inséparable des mondes culturels et théologico-politiques, dans lesquels les croyances religieuses et leurs instrumentalisations jouent souvent un rôle majeur dans la création d’idéologies mortifères comme celle que l’on observe en Iran. On ne peut la rattacher à des intérêts en conflit ni à des passions comme la colère, la haine, le ressentiment ou le désir de vengeance, en oubliant que ces passions sont elles-mêmes des produits historiques et culturels. Il en va ainsi de cette forme de guerre – mondiale ou globalisée – qu’est le terrorisme islamiste, qu’il faut comprendre comme la mise en pratique de la doctrine du jihad.

En effet, la nation n’a pas de sens pour les islamistes dits radicaux qui, adeptes d’une vision dualiste et manichéenne, divisent le monde en deux camps, comme le faisait l’idéologue islamiste égyptien Sayyid Qutb en 1962 : « Il existe deux camps dans le monde : le parti d’Allah et celui de Satan ; le parti d’Allah qui se tient sous la bannière d’Allah et porte ses insignes, et le parti de Satan, qui comprend tous les groupes, communautés, races et individus qui ne se tiennent pas sous la bannière d’Allah. »

Mais à cette dimension mondiale et globalisée du jihad, s’ajoute une dimension temporelle. L’appel à une guerre perpétuelle contre les mécréants (kuffar) jalonne l’histoire de la culture arabo-islamique, qui ne peut être pour autant réduite au seul islamisme et au jihad.
Ibn Taymiyya (1263-1328), est le lointain inspirateur du jihadisme rédempteur : « Se battre en défense de la religion et de la foi est une obligation collective ; il n’est pas d’autre devoir après la foi que celui de combattre l’ennemi qui corrompt la vie et la religion. » Ibn Taymiyya considérait le jihad comme « l’une des œuvres des plus méritoires qui soient » et résumait ainsi sa pensée : « Les deux piliers de la religion sont le Livre et le sabre. » Son influence sur al-Banna (Fondateur des Frères musulmans) et Sayyid Qutb (considéré comme le parrain du salafisme combattant) comme sur d’autres idéologues islamistes a été profonde. Ils ont notamment retenu des enseignements du « cheikh de l’islam » l’idée simple selon laquelle, dans tous les cas, « l’islam est la solution », mais aussi l’horizon ainsi fixé dans le credo des Frères musulmans qui énonce : « Je crois que (…) la bannière de l’islam doit couvrir le genre humain et que chaque musulman a pour mission d’éduquer le monde selon les principes de l’islam. Et je promets de combattre pour accomplir cette mission tant que je vivrai et de sacrifier pour cela tout ce que je possède. »

Sans limite spatio-temporelle, le jihad vise le recouvrement de nos cultures et de la modernité. C’est pourquoi l’arrivée de la modernité dans le monde arabo-musulman, notamment au XXe siècle, a provoqué cette réaction de rejet et engendré l’islamisme et son refus de la démocratie, de la liberté des conscience, des droit des minorités et surtout, ceux accordés aux femmes.
Comme le nazisme, l’islamisme rejette les Lumières, les idéaux promus depuis 1789 et les transformations qu’ils ont produit dans la société occidentale. Dès le printemps 1933, les nazis et les islamo-nationalistes palestiniens se rapprochent, sous la haute direction du « Grand Mufti » de Jérusalem, Haj Amin al-Husseini (1895-1974), l’organisateur d’émeutes anti-juives en avril 1920, en août 1929 et au milieu des années 1930.
Dans son sillage, en Égypte, Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans s’inspire fortement du fascisme européen pour ce qui est de la structure organisationnelle des Frères musulmans : le culte du chef, les organisations de jeunesse, et toute une manière moderne de militer, qui ne se limite pas au prêche mais intervient dans les syndicats, les milieux professionnels et l’organisation de la société. Un élément central du discours des Frères musulmans, c’est l’antisémitisme, et cet antisémitisme est à la fois le dérivé de l’anti-judaïsme traditionnel qu’on a dans l’islam comme ce fut aussi dans le christianisme, et un héritage de l’antisémitisme européen.

Le postulat de la vision islamiste radicale, telle qu’elle s’est formée au cours des deux derniers tiers du XXe siècle, est qu’il existe un grand complot contre l’Islam et les musulmans, lequel explique le « déclin » de la civilisation islamique. Une fois que ce postulat est accepté, et devient un dogme fondateur, l’appel au jihad va de soi : les musulmans ont le devoir de combattre ceux qui combattent leur foi, ceux qui menacent leur existence même en tant que croyants.
C’est al-Banna qui a, le premier, donné une élaboration doctrinale à cette vision d’un déclin historique expliqué par un complot permanent, vision décliniste et conspirationniste assortie d’une utopie de la « renaissance » ou de la « régénération » du monde musulman par le jihad purificateur.
Par la suite, Sayyid Qutb a défini les deux principales cibles du jihad rédempteur : l’Occident et les Juifs. Cela en fait le théoricien du jihad contre les Juifs et de la judéophobie apocalyptique dont Al-Qaïda a recueilli l’héritage.

Ayant exposé tout cela et à la lumière de l’extension récente du conflit iranien avec l’intervention de milices chiites indépendantes, la mort du soldat Français Arnaud Frion nous invite à comprendre que la guerre qui se déroule aujourd’hui au Moyen-Orient porte en elle les graines prêtes à germer d’une nouvelle guerre mondiale. Ses causes, religieuses, culturelles, politiques et par conséquent, économiques désormais, sont de nature idéologique. Elles échappent au seul affrontement entre puissances militaires, entre États. Un règlement définitif, autrement dit le retour à une paix durable, ne peut pas être obtenu militairement. À la portée des canons il faudra rapidement substituer la hauteur de vue, la conscience que nous vivons dans un monde humain, fragile, où s’affrontent la foi, l’opinion et la science sur fond de morale qui en constitue l’équilibre. Et à ce titre, il faut reconnaître que seule l’inspiration révolutionnaire française qui a inauguré les droits humains, la liberté de conscience et le droit international sur les valeurs de Liberté, d’Égalité et de Fraternité, semble être le creuset ou tout semble soluble et être toujours possible. C’est en tout cas le modèle que l’on souhaite pour l’Iran après la chute nécessaire et urgente du régime des mollahs.

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