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  • Publié le 5 octobre 2021
  • Mise à jour: 8 octobre 2021

Église catholique : au moins 330 000 mineurs ont été victimes de violences sexuelles depuis 1950, estime le rapport de la Ciase

Après la révélation, ce dimanche, des 2 900 et 3 200 prêtres ou religieux pédocriminels qui ont sévi dans l’Eglise en France depuis près de 70 ans, le chiffre de leurs victimes, dévoilé ce mardi matin par la Ciase lors de la remise de son rapport a fait l’effet d’un coup de tonnerre : 330 000 mineurs auraient été victimes de violences sexuelles depuis 1950. Avec la remise de ce rapport et ses 45 propositions, leur sort est à nouveau entre les mains de l’Église catholique.

Au terme de 32 mois de travail, le haut-fonctionnaire Jean-Marc Sauvé a présenté mardi 5 octobre lors d’une conférence de presse diffusée par la chaine KTO, les conclusions de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) qu’il présidait. Au terme de cette présentation, s’adressant à l’Église catholique il a asséné les conclusions du rapport qui « appellent des mesures très fortes » qu’il résume en trois mots ou actions : reconnaître, réparer, transformer.
Il a ainsi d’abord insisté sur la demande de reconnaissance des victimes car « Réparer » le mal fait aux victimes implique « la reconnaissance de la qualité de victime des personnes, par une institution indépendante mise en place par l’Eglise », a-t-il estimé en ajoutant que « La question de l’indemnisation n’est pas un don, c’est un dû », plaidant ainsi pour cette solution plutôt qu’un allongement des délais de prescription.

Un nombre de victimes étourdissant et accablant

Ce dimanche, Jean-Marc Sauvé avait déjà révélé que le rapport avait permis d’estimer entre 2 900 et 3 200 le nombre de clercs et de religieux auteurs de violences sexuelles sur des mineurs depuis 1950, soit entre 2,5% et 2,8% de leur effectif total. Ce matin, le rapport de 485 pages et de 2000 pages d’annexes, estime à 216 000 le nombre de mineurs victimes de violences sexuelles de la part de prêtres ou de religieux depuis 1950. Ce chiffre qui est le résultat d’une enquête de deux ans et demi sur un échantillon représentatif de Français, comporte de l’aveu même de la Ciase une marge d’erreur estimée à « plus ou moins 50 000 victimes » personnes, a précisé le président de la commission. Et si l’on y rajoute celles de « laïcs en mission d’Église », le personnel officiant dans l’enseignement catholique et les organisations de jeunesse notamment, le bilan atteint au moins 330 000 victimes, ce chiffre n’incluant pas les victimes décédées depuis les faits.

Des chiffres étourdissant qui ont conduit Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France (CEF), l’un des commanditaires du rapport, a exprimer sa « honte » et son « effroi », lors de sa prise de parole. Les évêques demandent « pardon » a-t-il déclaré en promettant que la parole des victimes « ne restera pas sans effet ». Quant à Véronique Margron, la présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), l’autre organisme à l’origine de cette enquête, elle a exprimé avec une émotion perceptible son accablement : « Que dire, sinon éprouver un infini chagrin, une honte charnelle, une indignation absolue », a-t-elle confessé.

45 propositions entre les mains de l’Église

Fruit d’une longue enquête, permettant à 6 500 personnes de s’exprimer et d’identifier de nombreux abus et de nombreuses victimes, le rapport de la Ciase établi à la demande de la Conférence des évêques de France (CEF) et la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), n’a pas institué de comité de suivi. « Notre mission est terminé. Nous passons aujourd’hui le témoin à l’Église avec notre attente et avec notre espoir » a indiqué Jean-Marc Sauvé en conclusion de la conférence de presse.
Car le rapport ne pose pas seulement un état des lieux de la pédocriminalité dans l’Église, il édicte 45 propositions, portant notamment sur l’écoute des victimes, la formation des prêtres et religieux ou encore la gouvernance de l’Église et la révision de la doctrine ecclésiale et théologique.
Mais il résonne également du « Vous devez payer pour tous ces crimes » clamé par le premier intervenant à s’exprimer ce mardi, François Devaux, le cofondateur de l’association de victimes La Parole libérée. Il a mis en cause frontalement l’Église et son organisation en appelant à un Vatican III nécessaire selon lui pour « refonder le système dans une proportion considérable ».

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