«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

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  • Philippe LEGLISE
  • Publié le 30 janvier 2019
  • Mise à jour: 31 janvier 2019

À Vézelay, la Saint-Vincent tournante a réuni 25 000 « pèlerins » du vin et de la convivialité

Malgré une météo peu clémente, la fête était au rendez-vous ce week-end dans les rues de Vézelay où 25 000 visiteurs ont répondu à l’invitation faite par la « colline éternelle » classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO pour célébrer les 91 confréries vigneronnes présentes et sa nouvelle appellation « Vézelay village ».

La tradition viticole à Vézelay comme l’indique Matthieu Woillez, le Président du comité d’organisation de la Saint-Vincent de Vézelay est à la fois récente ancienne. : « les vignes sont là depuis les romains, de nombreuses gravures du XVIe siècle montrent également les collines de Vézelay et des alentours entièrement plantées de vigne. Mais en 1884, le phylloxéra fait disparaître la vigne et là où certains vignobles se sont replantés rapidement celui de Vézelay à disparu ». Il faudra effectivement attendre le milieu des années 70 pour que des vignerons se décident et se mobilisent pour replanter le vignoble soutenus par des personnalités locales comme le chef étoilé Marc Meneau établi à Saint Père. Ensuite la dynamique est venue de jeunes viticulteurs qui ont travaillé le vin pour aboutir à l’obtention de l’AOC Vézelay pour les blancs en octobre 2017.

Matthieu Woillez (Domaine Lacroix Montjoie) qui fut aussi l’un d’entre eux observe rétrospectivement à propos du vignoble vézelien que « l’absence aura été plus une exception que la renaissance », précisant qu’aujourd’hui l’appellation « Vézelay » est uniquement réservée au vin blanc issu du cépage chardonnay qui occupe 80 % des 100 ha du vignoble replanté. Les 20% restant sont majoritairement plantés en pinot noir qui fait des bourgognes rouges (mais sans appellation Vézelay) et de quelques hectares du vieux cépage melon de Bourgogne (le muscadet). Disparu de Bourgogne, ce cépage qu’on ne trouve plus qu’à Vézelay a néanmoins trouvé une seconde vie dans le vignoble nantais.

Sous la protection de Saint-Vincent et des unions fraternelles

Créées pour venir en aide matérielle aux vignerons et à leur familles les confréries ou sociétés de secours mutuel se placèrent majoritairement sous l’autorité morale et religieuse de Saint-Vincent, alors patron « avéré » des vignerons, mais certaines préfèreront d’autres protecteurs.
Si l’hommage à Saint-Vincent, à travers un superbe office religieux, est l’un des temps forts de la manifestation, renouant ainsi aux origines des sociétés vigneronnes de Secours Mutuel de Bourgogne, nées à la fin du XVIe siècle, la laïcité naissante du XIXe siècle, s’est largement « invitée » dans leur histoire . Car si avant la Révolution en appeler à un saint pour protéger le vignoble et la récolte, était le lot commun des sociétés, les lois d’Allarde et Le Chapelier (1791), interdisant toute corporation, les mirent en sommeil.
Au XIXe siècle, à leur réveil (Pommard 1832, Puligny-Montrachet 1837, Gevrey-Chambertin 1842... ) leur référence chrétienne reste forte. Mais dans la seconde partie du siècle, les dispositifs légaux qui les régissent, leur imposent une « mise en conformité républicaine ». Dans certains villages, Il y a scission et création de deux genres de sociétés, les unes sous le nom du saint patron, les autres se baptisent souvent « Union », ou « Fraternelle ». Sur les bannières de ces dernières, les symboles changent. Des mains « conpagnonniques » entrelacées apparaissent en lieu et place des broderies des saints, des raisins ou autres blasons.

Le cas le plus étonnant de cette scission reste celui de Pommard. La société de Saint-Thibault dont l’origine remontait à 1668 et qui y avait repris vie en 1832, fut « doublée » en 1850, pour cause d’opinions divergentes entre vignerons d’une société de Saint-Vincent. Trois ans plus tard les deux fusionnèrent en une seule et même « société de secours mutuel de Saint Thibault-Saint-Vincent ».
Puis, dans cette IIIe République « égalitaire et laïque », certains vignerons de Pommard, rejetant notamment « le service d’église et les processions, » créent en 1882 « l’Union des vignerons de Pommard » Les 2 sociétés « vivront » parallèlement 111 ans, avant de se réunir à nouveau, en 1993, au sein de la société de Saint-Thibault-Saint-Vincent.

Meneau rime avec renouveau

L’emblématique chef fut une véritable locomotive, dans le renouveau d’un vignoble florissant au Moyen Âge, et en particulier des vignes monacales, sur les pentes de la colline éternelle.

L’intronisation du célèbre Chef étoilé Marc Meneau au rang de Grand chevalier dans l’ordre des Chevaliers du Tastevin

« Un jour de 1985, un vigneron de Chablis venu déjeuner dans mon restaurant, m’a dit : Vezelay, c’est une terre à vignes, on va venir la replanter », raconte l’emblématique restaurateur Marc Meneau, qui se souvient « on ne pouvait pas laisser les vignerons de Chablis, devenir maîtres chez nous. On a gelé les terres, fait un référendum dans les 4 villages, créé une coopérative, obtenu des droits de plantation pour 16 hectares. On a les a défrichés, on a défoncé la terre et replanté. Y compris les vignes qui comme la Vigne Blanche, avaient été celles que les Bénédictins de l’Abbaye cultivèrent dès le XIIe siècle, pour dire leurs offices, mais aussi abreuver les pèlerins sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle ».
Alors triple étoilé Michelin pour son restaurant de Saint-Père, « L’ancien café de ma mère, que j’avais appelé l’Espérance pour rappeler le nom de l’abbaye de Bonne-Espérance » tient-il à préciser, Marc Meneau se souvient de la détermination d’alors : « on avait quelque chose en nous qui nous poussait à ne pas oublier ceux qui ont fait 1000 ans de spiritualité à Vézelay, et à relever leur oeuvre vineuse : Girard de Roussillon. Bernard de Clairvaux ou Vauban, seigneur de l’élection de Vézelay ».

Une affluence jamais connu depuis 1946

Ainsi à côté du tourisme patrimonial et religieux soutenu par la labellisation de l’Unesco (environ 800 000 visiteurs par an dans la basilique Sainte Marie-Madeleine), le tourisme oenologique se met en place depuis quelques années.

Hubert Barbieux, maire de Vézelay, devient Chevalier du Tastevin.

Et comme l’espère Hubert Barbieux, maire de Vézelay, intronisé à l’occasion de cette première édition de Vézelay chevalier du Tastevin « il va trouver un développement encore plus important dans le grand site du vézelien puisque nous sommes inscrits dans la démarche de « Grand Site » et que celle-ci devrait aboutir fin 2019. Nous serons alors Grand Site de France comme par exemple le Pont du Gard ou le Mont-Saint Michel, ce qui donnera une notoriété encore plus grande au territoire et par conséquent aux vignes puisque le label est donné aux quatre coteaux qui entourent Vézelay c’est à dire aux vignes de Vézelay, de Saint Père, d’Asquins et de Tharoiseau ».

Pour l’heure, il est vrai que les gens viennent plus à Vézelay pour son patrimoine, pour la Basilique. Mais malgré la petite taille de son vignoble, malgré son éloignement et malgré sa jeunesse, Vézelay a relevé le défi qui lui avait été confié il y a 18 mois. Et les 14000 kits vendus et les 6000 bouteilles ouvertes ce dernier week-end de janvier contribuent déjà à la renommée de son appellation récente.

Matthieu Woillez est intronisé Chevalier du Tastevin

Pour preuve, selon Matthieu Woillez, l’organisateur efficace et satisfait de cette édition « Vézelay n’avait pas connu une telle fréquentation depuis 1946, l’époque de la grande manifestation de la Croisade pour la paix ».

La prochaine édition de la Saint-Vincent Tournante de Bourgogne aura lieu le dernier week-end de janvier 2020 dans la commune de Gevrey Chambertin.

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