«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

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  • Publié le 11 septembre 2019
  • Mise à jour: 19 septembre 2019

Les églises orthodoxes russes d’Europe occidentale vont-elles être rattachées à Moscou ?

Lors d’un vote intervenu le 7 septembre dernier, l’assemblée générale extraordinaire de l’archevêché des églises orthodoxes russes d’Europe occidentale (AERO) dont le siège est à Paris s’est prononcée à une courte majorité pour un rattachement au patriarcat de Moscou. Toutefois, le score n’étant statutairement pas suffisant pour valider ce rattachement, il règne désormais un certain flou sur l’avenir de l’archevêché et le sort des églises russes orthodoxes françaises.

Ce sont 186 clercs et laïcs délégués des paroisses françaises, européennes et même américaines qui ont pris part samedi dernier à Paris, après de très âpres débats, au vote de l’assemblée générale extraordinaire. Ils se sont prononcés à une courte majorité sur le ’projet de rattachement’ de l’archevêché au Patriarcat de Moscou :104 d’entre-eux ont votés pour, 75 contre et l’on a dénombré 7 bulletins blancs ou nuls. Statutairement les 58% des suffrages positifs ne permettent pas d’exécuter cette décision, une majorité des deux-tiers étant nécessaire pour qu’un vote en assemblée générale extraordinaire soit validé. Dans le cas présent, selon l’article 28 des statuts, l’Archevêque aurait du remettre la proposition au vote le même jour. Cela n’a pas été fait. Il pouvait à défaut convoquer une nouvelle assemblée générale dans les trois mois. À l’heure actuelle cela n’a pas été non plus évoqué.

Au contraire, depuis trois jours la situation semble évoluer vers le chaos. En effet, depuis hier, mardi, selon une source interne à l’archevêché, l’Archevêque Mgr Jean de Charioupolis aurait commencé à adresser des lettres congés à certains clercs sous le prétexte qu’ils n’auraient pas cité son nom lors de la liturgie de Dimanche.

Selon cette même source, cette démarche visant les opposants au projet de rattachement à Moscou trahirait d’une part la grande confusion de l’Archevêque face à un vote qu’il croyait gagné d’avance pour l’avoir préparé et d’autre part sa volonté, malgré sa mise en retraite fin août par le Saint Synode du Patriarcat de Constantinople, de rester le hiérarque de l’assemblée jusqu’au bout, c’est à dire jusqu’au rattachement avec Moscou.

La désunion avec Constantinople jette l’AERO dans les bras de Moscou

Depuis sa constitution en 1931, l’AERO se singularise dans le monde orthodoxe par sa gouvernance où les laïcs jouent, aux côté des clercs, un rôle très important dans les paroisses et les différentes assemblées, jusqu’à la plus haute, le Conseil de l’Archevêché. Cette organisation est issue d’un synode de l’église orthodoxe russe tsariste inachevé à cause de révolution bolchévique. Il y était déjà question dans ses conclusions intermédiaires de la participation des laïcs et de l’élection des Évêques. C’est cette organisation inexistante dans les patriarcats de Moscou et de Constantinople qui lui vaut de la part de ce dernier tous ses ennuis, sous l’oeil attentif et intéressé du premier.

Le dernier événement en date du différend entre l’AERO et le patriarcat de Constantinople est la décision du Patriarcat œcuménique publiée dans le communiqué du 29 novembre 2018 du Saint-Synode de « réorganiser le statut de l’exarchat ». Cette décision oblige l’AERO à convoquer une première assemblée générale extraordinaire de l’Archevêché le 23 février 2019 pour délibérer sur la décision du Patriarcat œcuménique. Lors de ce vote, une majorité de près de 93% des votants (191 sur 206), décidé de ne pas dissoudre l’Archevêché, mais de le conserver comme entité ecclésiale unie selon sa forme primitive.
Alors que s’est il passé depuis février pour qu’un tel renversement s’opère et que le rattachement refusé à Constantinople se transforme en une allégeance de Mgr Jean de Charioupolis au Patriarcat de Moscou, comme l’en accusent les opposants au rattachement ?

« La crise Ukrainienne nous était pourtant passée au-dessus de la tête, et l’AERO avait continué à être loyale à Constantinople » se lamente pourtant l’un d’entre eux. Cela n’aura pas suffit. Et la dernière explication du 17 août entre Mgr Jean de Charioupolis et le patriarche Bartholomée de Constantinople, non plus. Le 29 août, réuni sur l’île grecque d’Halki, le Saint Synode du Patriarcat de Constantinople n’ayant surement pas apprécié son zèle d’indépendance, démet Mgr Jean de Charioupolis de ses fonctions. L’archevêque est ainsi poussé à jouer cavalier seul tout en tentant de préserver l’unité de l’archevêché des églises orthodoxes russes d’Europe occidentale et de ses fidèles. A ce moment, qui d’autre que le patriarcat de Moscou lui tend des bras secourables ?

La fin d’une époque pour l’orthodoxie française ?

Le Patriarcat de Moscou cherche depuis des années à prendre le leadership sur l’orthodoxie russe en France. Cette fois, l’occasion est d’autant plus belle que Mgr Jean de Charioupolis (76 ans) semble être fatigué par la situation de conflit dans laquelle il se trouve et qu’il cherche visiblement à régler coûte que coûte.
À Paris, les pressions sont fortes. Face à La cathédrale russe de la Sainte-Trinité, quai Branly à Paris,l’une des rares cathédrales orthodoxe moderne, la communauté de l’émigration de la « Russie blanche », celle qui a fait la rue Daru, est disséminée, vieillie et peu nombreuse mais toujours farouchement opposée à un rattachement au Patriarcat de Moscou. «  Je veux continuer d’aller là où allait prier mes parents  » nous confie la fille d’une très grande famille d’émigrés russes, attachée à son histoire et à cette indépendance. Elle dit ne pas comprendre et refuser l’amalgame "patrie, religion et politique" que cultive à son profit le régime russe actuel. Dans cette émigration, les plus anciens mais aussi les plus cultivés trouvent que l’on assiste aujourd’hui à un retour du rôle de l’église, antérieur à Pierre Le Grand, rappelant qu’après lui l’Église russe orthodoxe a été réduite pendant deux cents ans à l’état de ministère avant de se disséminer dans le monde, principalement en France, en Angleterre, aux USA,... D’ailleurs notre votant de ce samedi 7 septembre confie que ce sont en majorité les délégués russes, français et les quelques allemands, qui ont voté en faveur du rattachement. Ceux qui étaient contre, ce sont les anglais (qui ont déjà vécu en 2009 avec Mgr Basile Osborn un épisode de dissidence du vicariat de Grande-Bretagne qui a mal tourné), ainsi que les représentants des églises américaines et françaises,..., issues de la révolution bolchévique.

Avant l’assemblée générale extraordinaire de ce samedi, Mgr Jean de Charioupolis avait publié sur le site de l’archevêché un communiqué d’explications préalables sur son projet de rattachement à Moscou. Il y indiquait notamment permettre ainsi de « sortir de l’impasse » et qu’un tel rattachement « conforte et stabilise le statut de l’archevêché dans son intégrité et son autonomie », ajoutant que L’AERO « constituera au sein du Patriarcat de Moscou un nouveau type d’entité ecclésiale qui sera rajouté dans les statuts du Patriarcat de Moscou ».
Selon notre votant ce scrutin signe plutôt « une évolution de l’esprit de l’église russe orthodoxe » vers une forme de « papisme », qu’il définit comme un suivisme, une déférence sans obstacle à l’Évêque, une attitude très opposée à l’idée originaire et plutôt « protestantiste » du synode inachevé d’avant la révolution qui a inspiré la création et le fonctionnement de l’AERO.

Aujourd’hui les clercs et les fidèles des églises orthodoxes russes ont changé et rajeuni mais pour l’Église russe orthodoxe rien ne semble changer, les enjeux politique continuent de s’y refléter. L’AERO dans l’impasse, la voie est désormais ouverte au retour individuel des paroisses dans le Patriarcat de Moscou.

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