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  • Publié le 3 mars 2026

10 et 15 ans de réclusion criminelle pour les deux auteurs de la campagne de haine en ligne menée contre Samuel Paty

Les deux auteurs de la cabale en ligne contre Samuel Paty ont été condamnés lundi en appel à dix et quinze ans de réclusion criminelle, la famille du professeur d’histoire-géographie s’est félicité que cette « fatwa numérique » ait été reconnue et sévèrement punie par la cour d’assises spéciale de Paris.

Confirmation de la première instance, la peine la plus lourde, a été prononcée contre le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui, aujourd’hui âgé de 66 ans, coupable d’association de malfaiteurs terroriste, comme Brahim Chnina, 54 ans. Ce dernier a en revanche vu la cour abaisser sa condamnation à dix ans de réclusion (13 en 2024), pour avoir été l’autre chef d’orchestre de cette campagne de haine interrompue jusqu’à l’assassinat du professeur par un jihadiste tchétchène de 18 ans, le 16 octobre 2020, près du collège du Bois d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).
Les avocats des proches de l’enseignant ont toutefois exprimé leur « incompréhension » devant le sort réservé à deux proches de l’assassin, Naïm Boudaoud, 24 ans, et Azim Epsirkhanov, 25 ans. Ceux-ci, condamnés en première instance à seize ans de réclusion pour complicité d’assassinat, ont bien été reconnus coupables d’association de malfaiteurs mais sans que son caractère terroriste ne soit retenu. Ainsi, les peines prononcées n’ont été que de six et sept ans de prison et devraient conduire à leur libération rapide. « C’est donc une décision contrastée » mais « la sanction criminelle de la fatwa numérique est maintenue et c’est un pas historique pour la justice française », a commenté Thibault de Montbrial, l’avocat d’une des soeurs du professeur, Mickaëlle.
Ce verdict « marquera l’histoire judiciaire s’agissant des professeurs et de ce qu’on peut lancer sur les réseaux sociaux », a régalement affirmé Virginie Le Roy, conseil des parents du professeur et de Gaëlle, son autre soeur. Samuel Paty a été décapité par Abdoullakh Anzorov pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet lors de son cours sur la liberté d’expression.

Attitudes et peines divergentes des accusés

Durant le procès, Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui ont adopté des postures divergentes, le premier exprimant sa « honte » quand le second campait dans une attitude militante au risque de sembler manquer d’empathie envers Samuel Paty et ses proches, affirmant qu’il avait été animé par sa lutte contre la discrimination des musulmans et en aucun cas par son rejet du blasphème et des caricatures.
Pour Me Francis Szpiner, avocat du fils et de l’ex-compagne de Samuel Paty, c’est peut-être dans cette différence d’attitude qu’il faut chercher l’explication de la différence de peine entre les deux hommes. L’état de santé de Brahim Chnina, apparu très affaibli, est une autre explication possible, suggère Me Le Roy, tandis que les motivations du verdict doivent être connues avant jeudi.
Si Brahim Chnina « accepte la peine prononcée », selon son conseil Frank Berton, Abdelhakim Sefrioui, à qui la présidente de la cour d’assises a refusé de donner la parole après le verdict, va se pourvoir en cassation. Cette décision est « la condamnation de toute la communauté musulmane française par une justice discriminatoire », a tancé l’un de ses avocats, Me Francis Vuillemin.
Plus mesuré, son confrère Vincent Brengarth a estimé que la lourde condamnation de son client quand celle des trois autres co-accusés ont été abaissées, « permettait à la justice antiterroriste de ne pas perdre la face dans ce dossier ».
Azim Epsirkhanov et Naïm Boudaoud, poursuivis pour avoir véhiculé Anzorov et l’avoir aidé à se procurer des armes avant son crime, ne présentent pas des profils d’islamistes radicaux. Ils ont cette fois convaincu la cour qu’ils n’avaient pas eu conscience de la dérive jihadiste ni du projet d’attentat d’Anzorov. Ce dernier avait été abattu par la police qu’il menaçait après son crime.
L’assassinat de Samuel Paty avait jeté l’effroi alors que se tenait à Paris le procès des attentats de janvier 2015, notamment contre la rédaction de Charlie Hebdo qui venait de republier ses caricatures. Il avait traumatisé les enseignants.
Les débats devant la cour marqués par des incidents procéduraux : deux magistrates écartées après la mise en cause de leur impartialité ; un ministre, Laurent Nuñez, qui écrit directement à la présidente de la cour pour rectifier son témoignage seront à coup sûr l’un des moyens utilisés par Abdelhakim Sefrioui en cassation.

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