«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

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  • Publié le 17 juillet 2020

Lutter contre le séparatisme c’est avant tout lutter contre ce qui sépare

Lutter contre le séparatisme c’est lutter contre ce qui sépare et non pas seulement contre ceux qui se séparent. Cela semble tellement évident que l’on peut espérer autre chose du discours de Jean Castex et de son « projet de loi contre les séparatismes », qu’une nouvelle loi sécuritaire. La société française a déjà suffisamment des contraintes imposées par les lois sur la sécurité intérieure et les différents états d’urgence. Ce dont elle a besoin aujourd’hui c’est de liberté pour pouvoir se rassembler et « redémarrer ».

Le projet de loi prévu pour la rentrée par Jean Castex, qui entend défendre la laïcité « avec intransigeance », doit permettre d’ « éviter que certains groupes ne se referment autour d’appartenances ethniques ou religieuses  », a-t-il précisé mercredi 15 juillet à l’Assemblée.
Mais dans le même discours de politique générale, il a dénoncé « l’impuissance publique ». «  Les lois que vous votez, les décrets que le gouvernement promulgue » a t-il clamé, « se perdent dans des méandres sinueuses et opaques, au point de n’impacter que de manière lointaine, incertaine et souvent incomprise, la vie quotidienne de nos concitoyens  ». Fustigeant « l’impuissance publique qui fait le lit du discrédit de la volonté politique », il a plaidé pour davantage « d’efficacité opérationnelle ». Autant dire qu’avec une telle déclaration, Jean Castex a placé la barre très haut pour ce projet de loi au sujet extrêmement sensible
Car la démarche du nouvel exécutif n’échappe pas au dilemme juridique en forme d’impasse auquel, ces dernières années, tous ses prédécesseurs ont été confrontés. Face à l’essor de l’islam radical – cible principale d’au moins trois gouvernements précédents – les leviers pour agir ont toujours été très limités. Que ce soit dans l’encadrement et le contrôle du financement des associations cultuelles, pour le recours au droit de préemption des commerces ou encore le contrôle, voire la fermeture, des écoles hors contrat, l’État bute depuis des années sur les moyens de répondre à des initiatives appartenant, la plupart du temps, à la liberté de culte ou relevant de la sphère privée, donc de la liberté.

Une autre manière de regarder le problème, sans pour autant éluder son versant sécuritaire, ne serait-elle pas de considérer que « lutter contre le séparatisme c’est unifier les croyances » ? Mais en France, lesquelles peuvent faire l’unanimité ? Surement pas les dogmes religieux qui ne souffrent d’aucun partage. Mais bien seulement nos valeurs républicaines : liberté, égalité, et fraternité.
Même s’il est vrai, comme on vient de le souligner, que l’une d’elle est particulièrement problématique pour l’application des deux autres, c’est cette croyance républicaine que ce futur texte de loi doit proclamer et ordonner.
En France, il faut reconnaitre que l’État ne sait pas récompenser, ou plutôt n’a pas la doctrine de la récompense du bon comportement citoyen. La fiscalité n’est pas orientée vers une reconnaissance des vertus du citoyen mais uniquement vers celles de l’État : tout au plus sait-il les récompenser comme consommateurs par le biais de primes comme les primes versées pour acheter des véhicules plus propres par exemple. La fiscalité verte doit, elle aussi, opérer ce renversement, ce changement de paradigme pour que tous les citoyens français, et non les seuls tenants de la religion écologique, passent dans la croyance en l’environnement et sa protection.

Le judaïsme et l’islam ont pour caractéristique d’être fondés sur des lois. Dans ces deux religions, pour être un bon croyant, il faut et suffit de respecter la loi. Mais la récompense, ce qui est promis, vient après, elle n’est pas terrestre mais dans l’au delà.
Dans sa lutte contre les replis communautaires à caractère religieux et qui s’effectuent notamment pour cette dernière raison : il n’ y a rien attendre ou à espérer maintenant ; l’État stratège doit donc, en s’appuyant sur cette état de fait, envisager et imaginer de récompenser immédiatement les bons comportements, tous les bons comportements. À ce titre, il semble que l’une des dispositions de ce futur projet de loi pourrait prendre la forme de « charte » de la laïcité ou de « contrat républicain » que les associations de tous ordres – sportives notamment – seraient obligées de signer et qui conditionneraient leurs aides publiques. Une charte qui serait opposable juridiquement en cas de non-respect. Cela irait dans le bon sens.

Il est certain qu’opérer un tel virage doctrinal est difficile pour l’État. Cependant, il apparait comme la meilleure des trajectoires pour redonner du sens à la Liberté en réaffirmant et en raffermissant l’Égalité des citoyens entre eux et devant la loi et l’État, avec la Fraternité pour partager un même destin.
La période actuelle de tension sanitaire et sociale mais également d’un assouplissement budgétaire se prête bien à cette réflexion et à une pratique politique plus « opérationnelle ». C’est la Fortune qu’il faut savoir saisir. Ce que beaucoup de français attendaient du discours de ce nouvel exécutif, pour être ensemble.

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