«Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop.»François Mitterrand

 

Cet article est en consultation libre

  • Publié le 3 octobre 2019
  • Mise à jour: 17 octobre 2019

Perspectives et enjeux politiques pour les évangéliques

Le Conseil National des Évangéliques de France (CNEF) a organisé samedi 28 septembre sa première MasterClass politique intitulée "Perspectives et enjeux politiques pour les évangéliques". L’évènement a rassemblé à Paris plus d’une centaine de chrétiens évangéliques venus de toute la France. Objectif des organisateurs : montrer aux élus ou futurs élus évangéliques ce que veut dire et ce qu’implique d’être un élu évangélique. À quelques mois des municipales, l’évènement et son calendrier interrogent.

Eu égard au dynamisme de l’église Évangélique en France et dans le monde, son poids dans le résultat des élections présidentielles du Brésil et son rôle aux États-Unis, certains pouvaient croire ou craindre que cette journée ait eu pour objet une mise en ordre de bataille en vue des prochaines élections municipales. Clément Diedrichs, directeur général du CNEF et co-organisateur de la journée avec le Comité protestant évangélique pour la dignité humaine (CPDH), a démenti catégoriquement cette hypothèse : « Nous n’avons aucune stratégie d’être partout, aucun objectif numérique, aucun agenda – Les exemples américains et brésiliens nous desservent – Le contexte est absolument différent là bas. Ce n’est pas un exemple pour nous  ». Quant au calendrier de l’évènement il affirme que ce MasterClass n’a pas été spécialement fait en vue d’échéances électorales particulières et que la rencontre d’aujourd’hui a pour objet d’encourager l’ensemble des évangéliques à prendre leur part dans le monde politique. « Nous n’avons pas de message politique  » assure-t-il . Écartant ainsi tout projet politico-religieux évangélique dans l’organisation de cette première journée, Clément Diedrichs a également dénié toute arrière-pensée d’un quelconque enrôlement des candidats : « Nous, nous croyons à l’appel de Dieu, donc nous n’allons pas pousser les gens. On peut les encourager mais l’engagement politique est un choix personnel. »
Un engagement politique témoigné par deux députés (Patrice Anato -LRem – 3ème circonscription de Seine Saint-Denis et Dominique Potier - PS – 5ème circonscription de Meurthe et Moselle), ainsi que par d’élus maires, adjoints et conseillers municipaux de tous bords politiques. Certains d’entre eux ont été conviés à animer les conférences et les quatre ateliers de la journée.

L’élu évangélique se distingue par son ouverture à l’Autre

Parmi ces quatre ateliers proposés, deux d’entre eux, « Forces et faiblesses de l’engagement politique chrétien » et « Partage d’expérience avec un élu municipal » ont invité, comme dans les groupes de parole, les participants à écouter et à témoigner. Une manière de s’encourager mutuellement à prendre part à la vie publique, à y prendre part en tant que chrétien. « L’élu évangélique doit se distinguer par son intérêt pour l’autre, son approche de l’autre, son amour des autres quoiqu’ils pensent et croient. Cet amour peut faire la différence », professe Jacques Cornec, l’un des animateurs, maire évangélique de Bourgheim, commune rurale du Bas-Rhin. Une jeune conseillère municipale de la banlieue-Est de Paris renchérit sur cet engagement évangélique, par l’exposé de son propre engagement, jamais mis en avant mais qui l’a amené dans une attitude d’ouverture à l’autre à « porter la voix de ceux qui n’en ont pas ». Issue de la diversité, diplômée, en 2014, à 19 ans elle avait selon ses propres mots « coché toutes les cases » pour être en position éligible. Mais aujourd’hui, paradoxalement, en raison d’une plus large prise en compte dans la constitution des listes électorales de certaines villes des appartenances religieuses et communautaires, notamment pour l’islam dit-elle, en simple conseillère sortante, elle craint pour sa place sur la liste du maire sortant.

Un exercice théologico-politique qui montre certaines limites

Les deux autres ateliers ont traité de la théologie évangélique appliquée à la politique. Dans l’un deux, « 10 conseils bibliques importants avant tout engagement en politique », Franck Meyer, maire de Sotteville-sous-le-Val (Seine-Maritime), président du CPDH et ancien porte-parole de La Manif pour tous, a proposé aux participants de se confronter aux enjeux théologiques de l’action politique. Déroulé en « 10 points de repères » illustrés de dix extraits des Saintes Écritures choisis par ses soins, cet exercice théologico-politique du déploiement des qualités personnelles de l’élu (vigilance et discernement), de vertus morales (prévention de la corruption, justice et humilité) et de vertus chrétiennes avec la connaissance des Saintes Écritures, a tout de même montré ses limites.
Ardent opposant au mariage pour tous, Franck Meyer a revendiqué dans son exposé d’être un des maires qui aujourd’hui refusent la loi et ne célèbrent pas les mariages entre personnes de même sexe. Evoquant des «  arrangements possibles avec la loi » ; il a rappelé que celle-ci permettait de marier les époux dans leur commune de résidence ou bien dans celle de leurs parents. Il a également indiqué qu’en pratique, « il y a généralement toujours quelqu’un dans un bureau municipal qui accepte de célébrer un mariage » regrettant dans le même temps « cette loi de la République qui oblige des élus à tirer à courte paille la célébration d’un mariage ».
Cette saillie assez peu républicaine démontre bien les difficultés que tout dogme religieux rencontre dans sa confrontation aux valeurs de la République française et notamment à son principe de laïcité.
Dans les discours de conclusion de cette journée, Clément Diedrichs en a donné un autre exemple. Voulant « faire un sort à la laïcité qui interdit aux politiques d’exprimer leur foi », il a mobilisé avec force son auditoire sur l’idée que « la laïcité, aujourd’hui, ne concerne que les serviteurs de l’État qui doivent taire leur foi » en rappelant un temps où des députés siégeaient en soutane à l’Assemblée nationale.
Mais après avoir asséné cette version quelque peu simplifiée et polémique de la laïcité, le directeur général du CNEF a tout de même terminé son allocution en invitant l’assistance « à avoir de l’amour pour la société dans laquelle elle vit, à dépasser les débats difficiles comme ceux sur les questions bioéthiques, à accueillir les autres ».
Un dernier message qui redonne des perspectives plus républicaines aux enjeux politiques des évangéliques ainsi qu’à cette première MasterClass qui devrait être suivie d’éditions régionales.

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